Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

17 août 2011

Sécurité : liberté, égalité, fraternité, laïcité, instruction.

Filed under: 09 - Evènement — iledere @ 6:30

2805951309_be049aa78b.jpgLa violence en France a, depuis les années 1980, envahi les médias et l’opinion publique, qu’il s’agisse des banlieues et des quartiers de relégation, de l’école publique, des transports en commun, ou des incivilités qui nourrissent pour l’essentiel le sentiment d’insécurité, avec pour conséquence de créer le sentiment dans la population d’une menace intérieure, sociale, juvénile et urbaine.

A l’école, il serait plus opportun de commencer à s’intéresser à l’absentéisme, puis aux incivilités et enfin aux dégradations quotidiennes, avant d’aborder des problèmes plus importants pour la résonance médiatique : les atteintes à l’intégrité physique, et parfois morale, contre la communauté éducative dans son ensemble, et contre des élèves, bien entendu.

A la Sorbonne, en avril 2010, le ministre de l’éducation nationale, Luc Chatel, a présenté une approche autour d’un triptyque : « Comprendre, prévenir, agir. » Rappelons à l’ensemble des ministres, que comme tous les ministres de l’éducation nationale, celui-ci n’échappera pas aux veilles recettes. Pour mémoire, l’intervention de la police a été rendue possible dès 1985, et le partenariat entre l’éducation nationale et la police a été formalisée dans une circulaire du 27 mai 1992 (sous l’impulsion de Jack Lang).
Et quand ce n’est pas la « puissance régalienne » qui est interpellée, ce sont les emplois solidarité, les appelés du contingent, et plus récemment les équipes mobiles de sécurité (les EMS sont recrutés par le ministère de l’Éducation pour «réduire les tensions» et «protéger les personnes». Elles sont présentes dans toutes les académies).

Le résultat est toujours le même en cas d’agression volontaire. Même s’il est actuellement difficile de recenser avec fiabilité l’ensemble des actes de violence, on reconnait tout de même une hausse de la violence en milieu scolaire concentrée sur les 6 à 10 % d’établissements les plus difficiles.

Ces incidents sont certes mineurs, mais répétitifs, et ils aboutissent à faire des zones difficiles des zones de plus en plus difficiles, dans un contexte où se combinent un «cocktail explosifs» : l’allongement de la scolarité et une déscolarisation massive des enfants de familles en difficulté. Il y aurait donc une erreur de diagnostic, en voulant soigner les «conséquences visibles» et non les «causes profondes».

Que proposent les experts ? Le criminologue Alain Bauer, président de l’observatoire national de la délinquance, propose dans un rapport d’une soixante de pages, 31 propositions issues de la mission conduite depuis le 19 novembre à la demande du ministre sur les violences en milieu scolaire ; en abordant les sanctions et la place des familles.

En résumé, il s’agit de préconiser une « refonte » du système de recueil des statistiques sur la violence à l’école, de prendre un ensemble de mesures destinées à « redonner du sens » à la sanction, de « rendre à l’exclusion son caractère exceptionnel », de renforcer le rôle des délégués élèves, d’assurer la stabilité des équipes éducatives, d’adopter un « plan national de formation continue en matière de prévention et de gestion des violences », d’étaler la rentrée scolaire sur une semaine au collège, et d’autres mesures pour « améliorer la relation » entre les familles et l’école. Ces mesures ont le mérite d’être concrètes et fonctionnelles.
D’ailleurs, elles pourraient s’appliquer, en modifiant quelques intitulés, à d’autres institutions ou organisations, en contact avec le public, ou dans le cadre plus général des politiques publiques que le gouvernement de Lionel Jospin avait placé sous le titre de plan d’actions inscrite dans les fameux « contrats locaux de sécurité » (Colloque de Villepinte de 1997).

L’un des axes, de cette « contractualisation des politiques de prévention et de sécurité », visait la prévention de la violence en milieu scolaire, avec « en bonus », des aides éducateurs (Au 23/11/1998, on comptait 151 926 emplois jeunes embauchés, principalement dans les associations (78 000), 65 000 dans l’Éducation Nationale, et 8250 dans la police). D’utiles, les aides éducateurs sont rapidement devenus indispensables au bon fonctionnement des établissements scolaires. A la suite des propositions de la mission présidé par M. Bauer, on trouve la réhabilitation du sens de la sanction, le règlement intérieur, ou la formation à la gestion de la violence (Luc Chatel, ministre actuel de l’Éducation Nationale, a annoncé que 400 proviseurs et adjoints suivront des sessions de ce type avant la fin de l’année), sont dans le même registre, sans contester le bien fondé des propositions, des recettes classiques (Un code de la paix scolaire rédigé par Laurent Huet, qui rassemble dans une langue claire, concise et accessible à tous, les règles de conduite en vigueur au sein des établissements scolaires)

La RATP a massivement investi pour former ses agents, et malgré cela l’institution est toujours victime des mêmes violences, verbales ou physiques, et l’insécurité sur les lignes de transport reste d’actualité. A Tremblay – en – France, après « le caillassage » de trois véhicules de la compagnie des Courriers d’Ile de France (C.I.F), dans la soirée du 15 avril, le ministre de l’Intérieur a répondu par le renforcement des compagnies de CRS : fonctionnaire embarqué ou escorte des véhicules. La réponse des conducteurs est révélatrice de cette violence qui concerne une autre institution que l’école. Jean-Marc Lambert, secrétaire fédéral CGT Transports donne son point de vue qui me permet de conclure : « (…) On ne répond pas aux problèmes sociaux par la force publique. Un CRS dans le bus, n’est-ce pas de la provocation ? Aujourd’hui, il faut discuter avec les jeunes des cités et recruter des médiateurs. ».

J’ai relevé une proposition qui relève du bon sens : la fidélisation des équipes pédagogiques. Comme pour la police de proximité, en 1997-1998, on parlait « d’agents fidélisés » et connaissant les quartiers et leurs habitants. Les Uteq (Unité Territoriales de Quartier) ont remis au goût du jour, il y a deux ans, cette doctrine d’employabilité des fonctionnaires de la police nationale. Il est évident que c’est une solution, mais qui ne peut donner de résultats tangibles que dans le cadre d’une politique, plus générale, de bonification des carrières des enseignants, et à la condition de leur garantir les conditions « de délivrance des savoirs » : le respect entre les élèves, le respect de la communauté éducative dans son ensemble, et la restauration de l’image d’une école « facteur d’intégration sociale ».

Il s’agit plus d’une question sociale, et non de sécuriser ou de sanctuariser les établissements scolaires. Parler de « sanctuarisation de l’école », c’est aborder la pose de barrière, l’installation de dispositifs de vidéosurveillance et de meilleure mesure des actes de violence. Certes, la vidéo surveillance s’est imposée à l’intérieur des écoles et des établissements scolaires, à la faveur de la montée « médiatique » de la question des « intrusions en milieu scolaire ». Aux abords de l’établissement, les systèmes de vidéosurveillance installés relèvent de la procédure prévue par la loi du 21 janvier 1995.
Elle est subordonnée à une autorisation du préfet, prise après avis d’une commission départementale, présidée par un magistrat de l’ordre judiciaire. Tandis qu’à l’intérieur de l’établissement, l’implantation de dispositifs de vidéosurveillance dans des lieux qualifiés juridiquement de « privés », tels que les établissements scolaires, relève des dispositions de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978. Le plus important est de définir un ensemble de garde-fous pour éviter toute dérive : les finalités du système; la durée de conservation des enregistrements; la sécurisation du traitement des données; les personnes doivent être informées (la CNIL, le conseil d’administration, les personnels, les parents d’élèves). En Angleterre, les partisans de caméras de surveillance dans les écoles prétendent protéger les élèves, aider les enseignants et même d’améliorer les résultats des examens. En 2004, on comptait près de 94 écoles au Royaume-Uni, qui utilisaient déjà ses caméras haute définition dans les salles de classe pour un coût de £ 1345 par an pour la location de deux appareils dans une seule salle de classe. Mais la question est de savoir si la technologie ne remplace pas la vigilance des adultes ?
En cas de problème, la caméra visionne mais elle ne peut intervenir. L’objectif de la vidéosurveillance est de mieux contrôler les espaces, mais est-ce bien ce qui nous intéresse dans le cas de la violence à l’école ? La vidéosurveillance dans les établissements scolaires rencontre la même limite que dans n’importe quel autre lieu : si l’on enregistre des effets en matière de vols et actes de vandalisme, des faits divers sont là pour témoigner de son inefficacité pour prévenir la violence : l’explosion d’une bombe artisanale dans une école de Laval en 2003, la fusillade de l’école Taber en Alberta et la tuerie de Littleton aux États-Unis en 1999 n’ont pu être empêchées. Les trois écoles, pourtant, étaient munies d’un dispositif de surveillance vidéo.

Le combat contre la violence scolaire doit être porté contre les absences, et plus encore, contre le décrochage scolaire. Au Canada, à la rentrée scolaire 2009-2010 ce taux concernait 91 448 élèves de l’école publique au Québec. En effet, L’expression « décrochage scolaire », devenue à la mode dans le milieu éducatif français, provient en fait du ministère de l’éducation du Québec. Le problème de l’absentéisme scolaire a intéressé de façon plus intense les pouvoirs publics. Le ministère de l’Éducation nationale a déclaré prioritaire la lutte contre le décrochage scolaire, début 2000, non plus seulement au niveau du lycée, particulièrement professionnel, mais aussi des collèges et écoles. Il s’agit à travers des dispositifs adaptés, de redonner l’envie d’apprendre aux adolescents qui craquent.

En effet, chaque année, en France, des milliers de jeunes abandonnent leur scolarité, doucement, ou brutalement, pour des raisons diverses. Gilbert Longhi, proviseur du lycée Jean Lurçat, qui accueille des élèves « raccrocheurs », résume bien le défi que doit relever l’école pour solutionner la question du décrochage : « L’école (…) par son système d’apprentissage, quelquefois par ses pédagogies excessivement « dolosives » et surtout par son système d’orientation bureaucratique et son défaut d’accompagnement, elle finit par reproduire les tendances à exclure. »

(Extrait de « L’actualité éducative », numéro 434 de juin 2005 article « Violences dans les manifestations lycéennes : le temps des faubourgs ? » Entretien avec Gilbert Longhi).

2 réponses à “Sécurité : liberté, égalité, fraternité, laïcité, instruction.”

  1. La main gauche dit :

    une image rapportée par mon fils sur les événements en Angleterre… un jeune à terre bastonné, s’approche un autre jeune faisant mine de l’aider pour faire diversion pendant que ses copains lui pique sa console de jeu… difficile de ne pas penser à cette armée d’ingénieurs en marketing et déséquilibre d’investissements et la multiplication des pressions extérieures par rapport aux acteurs de l’éducation !

  2. La main gauche dit :

    je souscris pleinement au dernier paragraphe…
    A titre d’illustration, il suffirait simplement de comparer sur quelques décennies la courbe des investissements publicitaires et recherches marketing avec celle de nos investissements publics concernant les enfants… les entreprises du CAC 40 ont bien compris, elles, qu’on attrape pas des mouches avec du vinaigre !.. dans le même temps, les parents sont restés gratuits et ne sont pas devenus des ingénieurs.

Laisser un commentaire

Plate-forme de blogs du Parti socialiste | Propulsé par Wordress Mu | Articles (RSS) et Commentaires (RSS)
Sauf mention contraire, le contenu de cette page est sous contrat Creative Commons Creative Commons