Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

22 août 2011

L’aide humanitaire, non merci !

Filed under: 09 - Evènement — iledere @ 6:30

Des Somaliens font la queue à Mogadiscio pour recevoir de la nourriture distribuée par une ONG, 15 août 2011.Il faut arrêter de traiter l’Afrique comme une victime, estime The East African. L’action des ONG ne fait que maintenir les gouvernements dans un état de dépendance. Et les journalistes étrangers, proches de ces organisations, ne prennent pas la peine de chercher les causes réelles des difficultés que connaît le continent.

La saison des dons a commencé – et pourtant, Noël est encore loin. Les grands organismes d’aide, comme les Nations unies, Oxfam, Save the Children et le Secours islamique britannique, ont lancé des campagnes monumentales pour sauver les milliers de Somaliens qui souffrent de la faim dans leur pays et dans les camps de réfugiés situés dans les pays voisins, comme le Kenya et l’Ethiopie. Ban Ki-moon, le secrétaire général des Nations Unies, a demandé 1,6 milliard de dollars d’aide aux donateurs pour la Somalie, et la Banque mondiale a d’ores et déjà réclamé plus de 500 millions de dollars pour les efforts de soutien.

Les appels à l’aide alimentaire ont été accompagnés d’images poignantes. Presque toutes les grandes organisations humanitaires se précipitent dans le camp de réfugiés de Dadaab, au Kenya, pour témoigner de la situation en la photographiant et en la filmant. Nous avons déjà vu ces images par le passé – au milieu des années 1980 par exemple, lorsque Mohamed Amin a filmé la famine en Ethiopie, faisant naître une vague de bienfaisance chez les stars du rock. Depuis, la famine est devenue la chose qu’on évoque le plus au sujet de l’Afrique – et l’une des plus grandes industries.

Les images d’Africains affamés font partie intégrante des campagnes de levée de fonds, tout comme les journalistes. Comme l’a dit un important travailleur humanitaire à Andrew Harding, de la BBC, les Nations unies peuvent bien publier des rapports sans fin, ce n’est que lorsque les images de personnes mourant de faim passeront à la télévision ou en une des journaux que les hommes politiques commenceront à agir.

Le problème, c’est que ce qu’on leur montre ou ce qu’ils lisent n’est pas aussi impartial qu’ils voudraient le croire. Le plus souvent, ces images ou ces faits proviennent du personnel d’organisations humanitaires sur le terrain ou de réalisateurs indépendants. Les agences de presse qui n’ont pas les ressources pour envoyer des reporters sur de lointaines zones de désastre, comme le camp de Dadaab, se lancent dans une alliance contre nature avec les organismes d’aide, au sein de laquelle les porte-parole des organisations humanitaires – portant tee-shirts et casquettes décorés des logos de leurs agences respectives – réalisent des « reportages » par satellite. Et même lorsque des journalistes sont présents sur le terrain, ils se fondent presque exclusivement sur la version du désastre des agences humanitaires. Le récit de la famine en Somalie est par conséquent devenu à la fois prévisible et partial.

La relation confortable qui s’établit entre les travailleurs humanitaires et les journalistes a donc distordu les récits sur l’Afrique. Les journalistes ne vont bien souvent pas au cœur de l’histoire ou ne prennent pas le temps de faire des recherches sur les causes d’une crise particulière. Les Africains ne sont pas très présents dans leurs histoires, sauf en tant que victimes. De façon encore plus alarmante, les agences de presse n’essaient presque jamais de vérifier indépendamment les faits et chiffres disséminés par les agences humanitaires. Or, comme je l’ai découvert quand je travaillais avec une agence des Nations unies, ils sont relativement souvent gonflés ou fondés sur des données erronées.

La tentation d’exagérer l’étendue d’une crise afin de lever plus de fonds est toujours présente, affirme Ahmed Jama, un économiste somalien habitant à Nairobi. Jama pense qu’il est très probable que de nombreuses régions somaliennes ayant été déclarées en situation de sécheresse, comme la région de Lower Shabelle, très fertile – et qui a enregistré des récoltes exceptionnelles l’année dernière –, disposent en réalité de ressources alimentaires suffisantes. Il est également possible que les personnes en souffrance dans ces régions ne soient pas des locaux, mais des migrants originaires de régions touchées par la sécheresse.

Il ajoute qu’il est dans l’intérêt des Nations unies et d’autres agences humanitaires de montrer le pire des scénarios possibles, dans la mesure où cela garantit un flux constant d’aide financière. Jama explique que même si certaines régions de Somalie ont toujours souffert de sécheresses cycliques, l’absence de véritables politiques en faveur de l’agriculture et de l’élevage a permis aux sécheresses de se transformer rapidement en famines, ce qui n’a pas toujours été le cas. Dans les années 1980 par exemple, il raconte que la Somalie assurait 85 % de ses besoins en céréales, grâce aux investissements du gouvernement et de la communauté internationale dans l’agriculture.

Rasna Warah pour The East African

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