Section socialiste de l'île de Ré
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31 août 2011

L’enseignement est un métier

Filed under: 02 - Education — iledere @ 6:30

La rentrée des prof arrive à grand pas : vendredi prochain je ferai ma 11 ème rentrée. Et oui, j’ai commencé tard car j’ai eu d’autre vie professionnelles. Quoiqu’il en soit cette rentrée permet de revenir sur la formation de nos jeunes collègues qui vont être jetés dans l’arène… C’est pourquoi j’ai sélectionné ce texte de Christian Meunier…

Pour la deuxième année consécutive, la dernière promotion de professeurs est lâchée sans formation professionnelle sur des élèves. Un cours d’une semaine est censé apporter aux enseignants débutants tous les savoirs et savoir-faire nécessaires à leur activité. Cela rappelle un peu la Pentecôte, lorsque les disciples de Jésus, réunis et parlant toutes sortes de langues, voient des flammes se rassembler au dessus de leur tête, sentent que le Saint-Esprit les envahit, se comprennent tout-à-coup entre eux malgré la diversité des idiomes et s’en vont, gonflés à bloc, prêcher la bonne parole. Malheureusement, les moyens des rectorats en matière de miracles sont beaucoup plus limités, et ce n’est pas le modeste bagage qu’on leur remet qui va faire de nos postulants des professeurs parés à toutes les éventualités.

1. L’enseignement est un métier
Eh oui. Contrairement à ce que semble croire le Ministre de l’Education nationale, on ne s’improvise pas professeur.

Il y a bien sûr des enseignants de naissance qui, tels Mozart ou Beethoven pour la musique, ont un sens inné de l’enseignement. Mais la grande majorité, même si elle est bonne, n’est pas forcément géniale. Il lui faudra apprendre le métier, se frotter à des élèves, voir assez tôt dans ses études si cette activité lui plaît, et, selon le cas, persévérer ou changer d’orientation à temps .

Les futurs médecins, les futurs dentistes ne se contentent pas, eux, d’un enseignement théorique. Dès que possible, ils ont des heures de clinique à assurer, c’est-à-dire que, sous la responsabilité d’un médecin, ils ont à s’occuper de patients. Ainsi, la théorie est appliquée pratiquement à des cas cliniques, de véritables patients. Cela a un double avantage :

l’étudiant applique son savoir et son savoir-faire comme il sera amené à le faire quand il aura fini ses études.
Il se rend compte rapidement si cette activité lui convient ou non.

On ne saurait admettre qu’un médecin étudie la théorie pendant 6 ans, et qu’il soit lâché sur des patients sans aucune pratique. Aucun d’entre nous n’accepterait qu’un dentiste débutant, qui ne se serait entraîné que sur des modèles en plâtre, mette sa fraise dans notre bouche. Et pourtant, les enseignants et les parents d’élèves de ce pays admettent sans broncher que soient lâchés sur leurs apprenants ou leurs enfants des étudiants qui ont certes une excellente formation dans leur matière, mais qui n’ont aucune idée de ce qu’est un élève, ni de la façon dont on peut lui enseigner un certain contenu.

2. Que faut-il donc faire pour apprendre à enseigner ?

En Allemagne, pays que je connais bien pour y avoir enseigné 33 ans, dont 31 à la Freie Universität Berlin (Université libre de Berlin, libre, parce que située à l’Ouest), les enseignants commencent à se préoccuper très tôt de leur formation professionnelle. Parallèlement à l’enseignement théorique de leurs deux matières ( par exemple, français et mathématiques, ou français et anglais, ou mathématiques et sport) ils ont des cours dispensés par l’institut de pédagogie de leur université les initiant à la pédagogie et à la psychologie des élèves. Ils apprennent ainsi les étapes de l’évolution du cerveau des enfants, ce que l’on peut leur enseigner en fonction de leur âge. Ils savent comment réagissent les enfants aux stimuli qu’on leur propose. Bref, ils apprennent ce qui sera nécessaire à tout contact avec des apprenants, quels que soient leur âge, leur sexe, leur stade d’évolution. Ils apprendront à ne pas les décourager, à les motiver, à les encourager, à rendre l’enseignement plus attrayant. Ils apprendront à aborder les élèves difficiles, à se sortir, par le dialogue, de toutes les situations.

Outre la pédagogie, ils suivent des cours de didactique et de méthodologie pour savoir comment on enseigne la matière qu’ils étudient. Mêmes si certaines recettes sont universelles, le français ne s’enseigne pas comme les mathématiques, ni la musique comme la chimie. Il faut donc intégrer bon nombre de méthodes qui seront utilisées pour que le message passe mieux. Les enseignants de langues, par exemples, doivent apprendre à enseigner la prononciation grâce aux méthodes de la phonétique corrective, la grammaire, la civilisation, la littérature etc. On apprendra également à utiliser les nouvelles technologies dans son enseignement.

Ainsi, l’enseignant apprendra comment gérer les contacts avec ses apprenants, qu’ils soient seuls ou en groupes. Il saura varier son enseignement en employant des méthodes diverses, choisies en fonction des besoins de sa classe : travail individuel ou en groupe, projets interdisciplinaires, travail en autonomie ou en semi autonomie avec un ordinateur, intégration d’internet dans son enseignement, utilisation de feuilles de routes, publication de devoirs d’élèves sur internet etc.

Enfin, on apprendra aux apprenants à apprendre, c’est-à-dire à adapter eux-mêmes leur façon d’apprendre en fonction de la matière et des résultats obtenus.

En outre, plusieurs stages de plusieurs semaines en classe, à divers niveaux, accompagnent les études. L’examen d’Etat est suivi d’un stage de 18 mois, débouchant sur l’examen pratique.

Il serait bon que l’on s’inspire de cet exemple en France. Le but de l’enseignant n’est pas d’obtenir des perroquets plus ou moins savants, mais des élèves capables, en fin de compte, de se responsabiliser, de se motiver et de prendre leur apprentissage en main. Il n’y a rien de plus exaltant, pour un professeur, que de quitter, en fin de cursus, des adultes bien formés dans leur matière, et capables de se débrouiller seuls parce qu’on leur aura donné tous les moyens nécessaires pour cela.

3. Que faire, alors ?
Il est scandaleux que, pour des raisons d’économie, on fasse l’impasse sur la formation des professeurs. Celle-ci était déjà insuffisante quand elle se résumait à un stage pédagogique d’une année. Maintenant qu’elle est réduite à zéro, on a atteint le fond.

Que l’on soit enseignant, parent d’élève, ou tout simplement un citoyen de bonne volonté, il faut se bouger, se mobiliser, devenir actif et protester avec véhémence contre cette démission de l’Education nationale. Ecrire individuellement ou en groupe au Ministre serait déjà un début. Rappeler qu’il y aura bientôt des élections présidentielles et législatives, et que l’on se souviendra, au moment du vote, de la politique qui aura été menée.

En tout cas, il faut être actif si l’on veut assurer un avenir acceptable à nos enfants, qui arrivent sur la terre à un moment difficile pour l’humanité. L’enseignement est l’un des piliers de la société. A nous de veiller à ce qu’il soit assuré dans les meilleures conditions pour que nos enfants soient bien préparés, bien armés pour faire face aux difficultés que nous, parents et enseignants, ne pourrons pas toujours détourner d’eux.

Christian Meunier pour son blog « Français, bougez vous… »

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