Section socialiste de l'île de Ré
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5 septembre 2011

Chirac trop diminué pour être au procès

Filed under: 07 - Justice,20 - UMP — iledere @ 6:30

 Selon la défense, Jacques Chirac n'a « plus l'entière capacité de participer au déroulement des audiences ».  photo afp  Rapport médical à l’appui, l’ancien chef d’État ne devrait pas assister au procès des emplois présumés fictifs de Paris. Son « état de vulnérabilité » altérerait sa mémoire

Je veux absolument que mon procès ait lieu, mais… sans moi ! Voici l’ultime tour de passe-passe de Jacques Chirac à la veille de comparaître pour détournement de fonds publics à la mairie de Paris, entre 1992 et 1995.

Le coup de théâtre est tombé hier, via « Le Monde ». Le site du quotidien a révélé comment avait été adressé vendredi à Dominique Pauthe, le président de la 11e chambre correctionnelle du tribunal de Paris, un rapport du neurologue Olivier Lyon-Caen, de la Pitié-Salpêtrière. Un rapport selon lequel « M. Chirac est dans un état de vulnérabilité qui ne lui permet pas de répondre aux questions sur son passé. »

L’ex-président a accompagné ce rapport médical le dédouanant d’une missive par laquelle, selon ses avocats, il exprime « son souhait de voir le procès aller à son terme et sa volonté d’assumer ses responsabilités, même s’il n’a plus l’entière capacité de participer au déroulement des audiences ». En clair, Chirac demande que ses avocats le représentent sans jamais venir personnellement à la barre.

Effets de manches
Cette expertise médicale avait été sollicitée en juillet par l’épouse et la fille de Jacques Chirac. Une fois certaines que le procès, repoussé en mars dernier, aurait bien lieu en septembre. Les deux femmes voulaient ouvertement éviter à l’ancien chef d’État déclinant une telle exposition à la barre. Des indiscrétions donnant à penser qu’il avait beaucoup diminué avaient été distillées ces dernières semaines. La déclaration publique de Chirac en juin, affirmant vouloir voter Hollande, avait habilement servi à étayer cette thèse.

« Jacques Chirac n’a plus la mémoire » pour assister à son procès, « mais de toutes ses forces, il souhaite qu’il aille à son terme », a déclaré hier dans un entretien à l’AFP Frédéric Salat-Baroux, gendre de l’ancien chef de l’État. « Si le procès s’arrêtait, les Français penseraient qu’il y a deux justices, l’une pour les puissants, l’autre pour les faibles. Et cela, Jacques Chirac ne le veut à aucun prix. Du plus profond de sa volonté, il accepte en définitive de ne pas être un justiciable comme les autres. Comme ancien chef de l’État, il considère devoir accepter plus d’exigences que d’autres », a encore déclaré sans rire Frédéric Salat-Baroux.

Preuve que chez les Chirac, on laisse le sale boulot aux femmes et les effets de manches aux hommes. Et que le légendaire culot du « grand » est transmissible au gendre, tant il est difficile de croire à la sincérité de ce désir de comparaître de la part d’un Chirac qui aura passé vingt ans à fuir la justice.

En regard des montants gigantesques évoqués dans les affaires de corruption (lycées ou HLM) sur lesquelles a plané le nom de Chirac sans jamais être atteint, ce petit dossier, ce « miraculé du palais de justice » comme l’avait désigné dans son livre Thierry Lévêque (1), était en soi peu de chose. 28 emplois présumés fictifs dans un dossier qui, à l’origine, en pointait une centaine…

En regard des dizaines de millions d’euros de « frais de bouche » également. Et que dire du scandale des faux électeurs avec lesquels le futur président de la République s’était fait élire à la mairie de Paris sans jamais être inquiété…

Néanmoins, la justice allait passer, très tardivement certes, en raison des 12 ans d’immunité de l’ex-président. Sauf qu’un procès Chirac sans Chirac…

Ni accusation ni victimes
Déjà très seul, puisqu’il s’apprêtait à présider un procès sans accusation (le parquet ayant requis un non-lieu) et sans victimes (la mairie de Paris ayant retiré sa plainte et sa constitution de partie civile après avoir négocié 2,2 millions d’euros avec l’UMP et Jacques Chirac), Dominique Pauthe se retrouve en prime privé de son principal prévenu. Avec la seule association Anticor comme partie civile.

Lors de l’ouverture de l’audience, demain, à 13 h 30, il pourrait accepter que Jacques Chirac soit représenté par ses avocats, demander une contre-expertise médicale, faire venir l’ancien président pour l’entendre lui-même, repousser les débats à plus tard, juger les neuf coprévenus et renvoyer le procès à plus tard.

« Quel est le sens ? »
Jean de Gaulle, François Debré, Michel Roussin, Marc Blondel, Rémy Chardon, Pierre Boué, François Musso, Marie-Thérèse Poujade, Jean-Claude Mestre, les neuf autres prévenus qui pensaient pouvoir rester dans l’ombre de la star du procès, vont se trouver très exposés en son absence.

Rémy Chardon, l’ex-directeur de cabinet de Chirac à la mairie de Paris, dont l’avocat Me Le Borgne avait soulevé avec succès une question prioritaire de constitutionnalité grâce à laquelle le procès avait été repoussé de six mois, risque fort de regretter son coup d’éclat. En mars dernier, en effet, Jacques Chirac n’aurait pu abattre l’excuse médicale pour laisser ses amis s’expliquer seuls du « système » qu’il avait mis en place afin de se créer des obligés, du temps où il était maire de Paris et président du RPR.

Sentant le danger, Me Le Borgne a douté hier que le procès puisse être renvoyé pour Jacques Chirac, mais pas pour ses coprévenus. « On va juger les autres, et notamment les directeurs de cabinet, sans Jacques Chirac ? Quel est le sens, quelle est l’équité du procès que l’on ferait à ceux qui restent ? » s’est-il interrogé auprès de l’AFP. Ajoutant qu’il allait demander au tribunal de faire « le constat de dépassement du délai raisonnable et d’en tirer la conséquence : la caducité de la faculté de poursuivre, ou, en termes juridiques, l’extinction de l’action publique ». Comment le président Pauthe, qui s’était distingué par sa fermeté lors du procès Clearstream en première instance, va-t-il réagir demain à cette nouvelle donne ?

Si Jacques Chirac n’est plus à même de répondre aux questions d’un tribunal selon ses médecins, il n’a toujours pas démissionné du Conseil constitutionnel…

Avant ce rebondissement, le désir d’aller au bout de cette interminable affaire semblait dominer. Le fait qu’Alain Juppé ait été autorisé mercredi dernier en Conseil des ministres à venir témoigner au procès, à la demande de l’association Anticor, était un signe en ce sens. Le comble serait qu’Alain Juppé, déjà condamné dans cette affaire, revienne témoigner seul, sans Chirac.

Par Dominique De Laage pour SudOuest

(1) « Chirac face aux juges. Intouchable ? » par Thierry Lévêque, Édition Delavilla, 330 p., 18 €.

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