Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

13 septembre 2011

La zone euro au centre d’une tempête parfaite

Filed under: 03 - Economie,04 - Emploi formation,09 - Evènement — iledere @ 6:30

La zone euro est frappée par une tempête parfaite. Comme dans le cas de Katrina, l’arrivée de l’ouragan était tout sauf imprévue. Et comme pour le désastre naturel qui a rayé de la carte une partie de La Nouvelle-Orléans en 2005, les négligences anciennes se combinent aux inconséquences actuelles pour transformer un accident climatique en catastrophe majeure.

En premier lieu, il aura fallu plus de deux années et demie (c’était envisagé ici en janvier 2009) pour que les responsables politiques européens sortent d’une attitude de déni sur la capacité d’Athènes à honorer ses engagements et à faire face aux échéances d’une dette souveraine dont la dynamique, selon le parlement grec lui-même, «échappe à tout contrôle». Dans un entretien au quotidien Die Welt rendu public dimanche, le ministre allemand de l’Economie et numéro deux du gouvernement, le libéral Philipp Rösler, estime que «pour stabiliser l’euro, il ne doit plus y avoir à court terme d’interdiction de penser à certaines options. Parmi elles, il y a en cas d’urgence l’insolvabilité ordonnée de la Grèce, si on a à disposition les instruments nécessaires».

Le problème est justement que la zone euro et en général l’Union européenne, pas plus d’ailleurs que les institutions financières multilatérales, ne se sont préparées à une «faillite ordonnée» d’un pays souverain alors que le besoin en avait été anticipé bien avant le début de la crise financière globale à l’été 2007 (comme cela fut rappelé ici).

Le résultat de cette impréparation, aggravée par la paralysie des institutions européennes et les cafouillages répétés des principales capitales, est qu’il est revenu aux marchés, avec la brutalité et le panurgisme qui les caractérisent, de mettre les points sur les «i». Ce 12 septembre, le rendement des obligations à deux ans du Trésor hellène a franchi le seuil ahurissant des 60% (il est inférieur à 0,4% pour l’Allemagne). Avant le week-end, les CDS, instruments apportant une assurance (largement fictive aujourd’hui) contre un défaut de la Grèce, s’inscrivaient à 3.500 points, soit plus de trois fois le niveau déjà insane facturé pour la dette publique portugaise.

Alors qu’un traitement préventif, il y a deux ans, de la situation spécifique de la Grèce aurait pu stopper la gangrène, le risque de contagion n’a cessé d’augmenter avec le temps. Une insolvabilité désordonnée d’Athènes, dont le ministre des Finances vient d’admettre qu’il serait à court d’argent avant la fin du mois d’octobre, a toutes les chances d’emporter les digues fragiles protégeant encore les autres économies de la zone euro menacées. La «troïka» (UE, FMI, BCE), qui n’a pu que constater l’incapacité du gouvernement grec à respecter les engagements pris dans le cadre du premier plan de sauvetage mis en place au printemps 2010, a en quelque sorte la main sur le détonateur: elle doit donner son feu vert au versement d’une nouvelle tranche de 8 milliards d’euros sans laquelle la Grèce sera en situation d’insolvabilité.

Quand les politiques bafouillent

Contre toute évidence, comme démontré ici chiffre à l’appui, les responsables politiques européens et les autorités de tutelle des banques continuent d’affirmer que le système bancaire européen a les reins assez solide pour encaisser le choc d’une défaillance, même partielle, des «PIIGS». Ici encore les marchés ont été abandonnés à leur seul jugement. Et il est sans appel: déjà massacrées au cours de plusieurs séances de «capitulation» durant un été boursier meurtrier, les valeurs bancaires, notamment françaises, ont à nouveau brutalement décroché le 12 septembre, affichant des reculs allant jusqu’à 10%.

Encore une fois, l’incohérence du discours politique alimente la panique au lieu de ramener le calme. Fin août à Jackson Hole, devant un parterre de banquiers centraux et lisant un discours manifestement préparé pour un autre, la remplaçante de Dominique Strauss-Kahn à la direction générale du FMI, Christine Lagarde, n’a pas seulement brûlé ce qu’elle adorait hier comme ministre des Finances de Nicolas Sarkozy, en appelant, sans crier gare, sans précisions et sans précaution, à une recapitalisation des banques européennes. Comment, quand, par qui, quelles banques exactement? Identifier un problème sans avancer de solution revient à jeter de l’huile sur le feu. Une situation encore aggravée par la polémique ouverte qui s’ensuivit avec les anciens collègues européens de «Miss Lagarde».

A cet égard, les ministres des Finances et gouverneurs des banques centrales des pays du G7, réunis à Marseille le 9 septembre sous présidence française, se sont surpassés dans l’exercice de communication creuse. Contrairement à ce qui est affirmé dans les «termes de référence agréés» par cet aréopage obsolète, les pays de la zone ne mettent pas en œuvre «les décisions adoptées le 21 juillet pour faire face aux tensions financières». Cinq pays de la zone, emmenés par la Finlande, exigent de la Grèce des garanties collatérales pour financer un nouveau plan de soutien. Quant à l’affirmation de leur «détermination inflexible pour honorer pleinement leurs signatures souveraines individuelles et leurs engagements en faveur de finances publiques soutenables et de réformes structurelles», elle pourrait faire sourire si l’affaire n’était si grave.

Il ne fallait pas être grand clerc pour deviner que la réaction à cet exercice de futilité institutionnelle allait être sanglante. L’agence de notation américaine Moody’s a apporté sa contribution en laissant entendre au cours du week-end que les trois principales banques françaises cotées (BNPParibas, Crédit agricole et Société générale) allaient voir leur notation abaissée (ce qui a déjà été fait par les deux autres des «trois sorcières», S&P et Fitch).

La BCE et l’euro à leur tour déstabilisés

Perçue comme le plus fragile des établissements financiers parisiens, la Société générale, dont le cours de bourse a dévissé de plus de 60% cet été, a tenté de dévier le coup préventivement en annonçant une réduction de son bilan (et donc de ses besoins de fonds propres) et en voulant rassurer sur sa situation de liquidité. L’abondance des dépôts effectués par les banques européennes auprès de la BCE (quelque 160 milliards d’euros) et le désengagement des fonds monétaires américains de la scène européenne traduisent la remontée brutale de la défiance entre établissements financiers. Le problème, c’est que la présentation flatteuse de la situation de la SocGen a été immédiatement démontée par un analyste d’une maison concurrente. Comme l’indiquent les tableaux, la banque de la Défense souffre à la fois de besoins de financement courts très importants et d’actifs liquides trop faibles. Autrement dit, son modèle de financement apparaît sérieusement menacé. Et elle n’est pas la seule.

Actifs liquides / besoins de financement à un an Actifs liquides / besoins de financement à un an © Banco Espirito Santo

 

SocGen: pourcentage des besoins de financements à court terme/total SocGen: pourcentage des besoins de financements à court terme/total© Banco Espirito Santo

Pour couronner le tout, la seule institution européenne qui, depuis le 9 août 2007, s’est montrée à peu près à la hauteur de la situation, la BCE, est elle-même secouée par les tensions internes résultant des initiatives risquées (et contraires à ses statuts) que l’évanescence des pouvoirs politiques lui a imposées. A la veille du week-end, les marchés avaient déjà réagi à l’annonce impromptue de la démission de Jürgen Stark, membre du directoire en charge des recherches économiques, «pour raisons personnelles». Personne évidemment ne donne le moindre crédit à cette explication diplomatique. M. Stark, comme l’ancien président de la Bundesbank Axel Weber, était notoirement hostile au rachat par la BCE des obligations d’Etat émises par des gouvernements incapables de se gouverner.

Le fait que le bénéfice de ces opérations peu orthodoxes ait été étendu à l’Italie de Silvio Berlusconi semble être la (grosse) goutte qui a fait déborder le vase de M. Stark. Berlin a aussitôt désigné pour lui succéder le ministre adjoint des Finances Jörg Asmussen, un des principaux artisans, selon la presse internationale, «de la réponse allemande à la crise de 2008». Pas très rassurant, vu la qualité de ladite réponse.

Jusqu’ici étonnamment résistante aux turbulences financières et budgétaires, la monnaie unique européenne a plongé. Au plus bas (1,35 dollar) depuis février dernier face à un billet vert pourtant lui-même chancelant, l’euro a chuté à son niveau le plus faible depuis dix ans face au yen.

Le nouveau coup de bluff des banquiers
Egaux à eux-mêmes, les banquiers ont immédiatement saisi l’occasion fournie par la nouvelle accélération d’une crise centenaire (comme la vague du même nom), dont ils sont largement responsables, pour contester les nouvelles dispositions réglementaires que les autorités de tutelle tentent timidement de leur imposer. «Je ne suis pas loin de penser que les Etats-Unis ne devraient plus participer à Bâle III», affirme au Financial Times le patron de JP Morgan, Jamie Dimon. «Je n’aurais pas donné mon accord à des règles qui sont ouvertement anti-américaines. Nos régulateurs doivent y aller et dire : « Si ce n’est pas dans l’intérêt des Etats-Unis, nous ne le faisons pas »», a-t-il martelé.

Le chantage à la croissance et à l’emploi est également utilisé pour tenter d’arrêter les poursuites judiciaires qui, aux Etats-Unis, pourraient conduire certains banquiers en prison et leurs maisons à la faillite à la suite des manipulations diverses et variées ayant conduit à la crise des «subprime». Jamie Dimon a confirmé que lui-même et ses collègues étaient prêts à payer 20 milliards de dollars (oui, milliards!) d’amendes pour solde de tout compte. Les banques, dit M. Dimon, ne peuvent pas vivre sous «une double menace» et ont droit à une «protection légale appropriée» face aux milliers de procédures engagées contre elles.

Comme expliqué ici même à de nombreuses reprises, la crise n’a pris la dimension et connu la durée que nous constatons que parce que les gouvernements ont refusé, dès le départ, d’attaquer le problème à la source, la vulnérabilité du système bancaire devant la facture de son aventurisme. Trois ans presque jour pour jour après la faillite de Lehman Brothers, le 15 septembre 2008, les financiers retentent le même coup de bluff: en gros, «c’est nous ou le chaos». Vraiment ?

Par Philippe Ries pour « Mediapart »

Une réponse à “La zone euro au centre d’une tempête parfaite”

  1. « Nous ou le chaos » c’est exactement le chantage qu’elles font aux dirigeants de ce monde depuis presque un siècle. Depuis qu’elles ont pris les rênes de la finance au détriment des états, d’abord en Angleterre, puis aux USA (1913), en France (1973) puis enfin en Europe (Maastricht). La seule solution pour refuser ce chantage sera de sortir de l’euro voire de l’UE ensuite.

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