Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

19 septembre 2011

Au procès Chirac, patronymes célèbres et missions obscures

Filed under: 07 - Justice — iledere @ 12:00

Marc Blondel, ancien secrétaire général de Force ouvrière ne comprend pas, mais alors vraiment pas, ce qu’il fait là, debout face au tribunal et il le dit vertement:

–  Je n’ai pas le sentiment que mon affaire entre dans le cadre de ce dossier. Pour tout vous dire, je me demande ce que je fais là. Je suis scandalisé que l’on puisse laisser entendre que j’ai mis les doigts dans la confiture.

Le fait d’avoir bénéficié pendant des années d’un chauffeur garde du corps personnel rémunéré par la Ville de Paris, lui vaut en effet d’être renvoyé sous l’accusation de recel d’abus de confiance et recel de détournement de fonds publics, aux côtés de neuf autres prévenus, dont Jacques Chirac.

Pour l’ancien syndicaliste, dont l’organisation a remboursé « au centime près », le montant des salaires et charges déboursées par la mairie de Paris, les choses sont simples :

– Le président Jacques Chirac a voulu être agréable à mon organisation, c’est vrai. A ma demande, c’est vrai ! Avec le président Chirac, ça a été « tope là !

(Il fait le geste, sa main claque dans l’air)

Marc Blondel explique qu’il comptait à l’époque parmi les personnes jugées «sensibles» qui devaient, à ce titre, bénéficier d’une sécurité rapprochée mais qu’il n’avait pas du tout envie d’être accompagné partout par un policier, dont la curiosité aurait pu nuire à ses activités. C’est ainsi, dit-il, que l’idée lui était venue de solliciter le maire de Paris.

Le syndicat Force ouvrière avait les moyens de payer votre garde du corps, lui fait observer le président Dominique Pauthe.

C’est vrai. Mais comme toutes les organisations, nous étions soucieux d’alléger au maximum nos charges financières.

Quand le président lui fait remarquer que le syndicat FO était alors majoritaire à la Ville de Paris et s’interroge sur d’éventuelles contreparties espérées en échange de ce service rendu, Marc Blondel s’agace :

Dois-je vous rappeler que l’homme qui a déclenché la grève de 1995, c’est Marc Blondel ? Que la seule organisation syndicale qui n’a pas appelé à voter Jacques Chirac en 2002 face à Jean-Marie Le Pen, c’est Force Ouvrière ?

Vous me contraignez à violer quelque chose de très intime. Eh bien, je n’ai jamais voté Chirac! Mais quand je dis qu’il est un homme respectable, c’est parce que je le pense et que je suis libre !
Jean de Gaulle lui succède à la barre.

Le petit-fils du général, qui fut député des Deux-Sèvres, puis député de Paris, a bénéficié de quatre emplois de chargés de mission, dont deux seulement ont été retenus contre lui.

Le président Dominique Pauthe voudrait en savoir un peu plus sur le contenu réel de son activité de « conseiller pour les affaires africaines » de Jacques Chirac.

Quelle était la pertinence de votre mission ? lui demande-t-il.

Chacun sait que la Ville de Paris, capitale de la France, joue un rôle important dans les relations entre la France et l’Afrique, explique doctement Jean de Gaulle.

Il ajoute :

Et puis, je pense que le patronyme que je porte avait un poids certain sur nos amis africains…

Une juge assesseure s’étonne alors que cette mission jugée très importante – et le contrat qui lui était lié – ait été brutalement interrompue dès 1993.  Le petit-fils du général réplique:

En 1993, je deviens devenu député de Paris et je suis littéralement dé-bor-dé.

Un autre patronyme célèbre se présente devant le tribunal. François Debré, fils de Michel, l’ancien premier ministre et frère de Jean-Louis, l’actuel président du Conseil constitutionnel.

Est-ce juste une impression? La voix du président Pauthe s’adoucit pour s’adresser à ce vieux jeune homme aux cheveux blancs, dont la maigreur se devine sous le costume gris sombre. Ancien grand reporter, notamment en Asie, écrivain, François Debré est embauché comme chargé de mission en 1993 à la mairie de Paris, à la demande personnelle de Jacques Chirac qui sollicite son directeur de cabinet de l’époque, Rémi Chardon.

François Debré essaie alors de se sortir de la toxicomanie dans laquelle il est tombé quelques années plus tôt. Son contrat précise qu’il est notamment chargé de « faire connaître aux Parisiens les différentes composantes de la population de la ville ». Il rédige un rapport sur les communautés asiatiques de la capitale, dont un exemplaire a été versé un dossier.

Mais à compter de 1995, le fils de l’ancien premier ministre enchaîne les séjours à l’hôpital et reste rémunéré par la Ville jusqu’à sa démission en 1999.

Aux enquêteurs, il avait déclaré que l’on avait « certainement voulu faire plaisir à son père » qui s’inquiétait pour lui, en l’embauchant comme chargé de mission.

Son contrat, admet-il, était « un peu flou ».

Ce contrat n’est pas plus flou que les autres! s’exclame Rémi Chardon.

– Je vous l’accorde, sourit le président Pauthe.

Par Pascale Robert Diard pour « Chroniques judiciaires »
(Croquis d’audience de Noëlle Herrenschmidt)

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