Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

14 juin 2011

La grande misère de la politique

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L’Histoire nous l’a démontré tout au long de son déroulement. Ceux qui, par le hasard de la naissance, ou parce que le destin les a portés en position de décider pour les autres, ou même parce que des élections dites « démocratiques » les ont amenés à ce poste, ont souvent brillé par leurs défauts plus que par leurs qualités, par leurs exactions plus que par le sérieux de leur engagement envers le peuple.

honnêteté

De Néron à Philippe le Bel, des Borgia aux souverains espagnols confrontés au Nouveau Monde, car les exemples pullulent, rares ont été les souverains dont la probité pouvait être louée. Peut-être pourrait-on citer Haroun al Raschid, ou le grand Cyrus… Et parmi les élus, il semble que De Gaulle pouvait se parer de cette qualité.
Pour l’époque la plus actuelle, il est préférable de se voiler la face, tant la situation est loin de cet idéal. Serions-nous revenus à cette époque dépravée que fut la Régence ? Non, probablement celle-ci est-elle allègrement dépassée dans la course au gain le plus grand dans les délais les plus brefs. Quant aux noms de ceux parmi les élus ou les décisionnels pour lesquels des enquêtes ont été lancées à leur encontre, leur énumération ressemble plus au Bottin qu’à la liste de la ménagère. C’en est au point qu’un changement s’impose au niveau mondial, tant ce qui est toujours au moins un délit ressemble presque, désormais, à la règle.
C’est d’autant plus grave, que cette malhonnêteté s’étend à la fois sur un défaut de probité généralisé, et sur une façon cynique de s’asseoir sur ses propres engagements, en regardant ailleurs. La confiance est exigée, sans rien en retour qui pourrait la justifier, hormis la force.

humilité
Quand vous prenez en charge le sort des autres, une grande responsabilité pèse sur vos épaules, que vous en soyez conscient, ou pas. De vos actes les plus infimes, en apparence, dépendra le sort de centaines, de milliers, voire de millions de personnes qui vous auront choisi, parfois, mais la plupart du temps qui subiront vos décisions. Tenir compte de ce facteur pour œuvrer au plus juste requiert de l’honneur bien sûr, mais aussi une grande humilité pour oser écouter les critiques, et en tenir compte. L’arrogance, à ce stade, est une catastrophe que tout le monde paye cher.
C’est pourquoi il faut accepter, parfois de se dire que dans ses décisions on s’est trompé, et même l’admettre publiquement afin d’opérer un changement d’orientation, s’il est encore possible. S’il ne l’est pas, il ne faut pas hésiter à trouver une solution peut-être pas idéale, mais meilleure que celle de l’intransigeance.
Sans vouloir être méchant, il n’est pas certain que la grande majorité des exigences mises en pratique au sommet de l’État depuis pas mal d’années déjà, assument cette nécessaire humilité. (more…)

6 juin 2011

La démocratie selon Eric Naulleau : ça sent la naphtaline à l’heure du Printemps européen…

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La démocratie se réduit-elle au gouvernement représentatif ? C’est ce que pense Eric Naulleau, et qu’il a exprimé le 4 juin 2011 face à André Bercoff dans On n’est pas couché (minutes 2’30 à 5’00). C’est pourtant historiquement faux. C’est même le contraire qui est vrai : le « gouvernement représentatif », né au XVIIIe siècle, s’est construit en opposition à la « démocratie », et fut progressivement, au XIXe siècle, appelé abusivement « démocratie représentative ».

« Il y a un système de délégation, de représentation, partout, ça s’appelle la démocratie« , lance Naulleau à Bercoff qui réclame une intervention citoyenne accrue dans la vie de la cité. Selon l’éditeur et polémiste, la démocratie se définit essentiellement par la représentation, par la délégation du pouvoir du peuple à des représentants (professionnels). Les citoyens, quant à eux, n’ont pas à intervenir directement. Leur seule action légitime : l’élection.

On renverra Naulleau aux analyses d’Etienne Chouard, en totale opposition aux siennes, mais encore au livre du politologue Bernard Manin Principes du gouvernement représentatif, et plus particulièrement à cet extrait, que Chouard cite dans un de ses articles sur AgoraVox :

« Les démocraties contemporaines sont issues d’une forme de gouvernement que ses fondateurs opposaient à la démocratie. L’usage nomme « démocraties représentatives » les régimes démocratiques actuels. Cette expression, qui distingue la démocratie représentative de la démocratie directe, fait apparaître l’une et l’autre comme des formes de la démocratie. Toutefois, ce que l’on désigne aujourd’hui sous le nom de démocratie représentative trouve ses origines dans les institutions qui se sont progressivement établies et imposées en Occident à la suite des trois évolutions modernes, les révolutions anglaise, américaine et française. Or, ces institutions n’ont nullement été perçues, à leurs débuts, comme une variété de la démocratie ou une forme de gouvernement par le peuple.

Rousseau condamnait la représentation politique par des formules péremptoires qui sont demeurées célèbres. Il dépeignait le régime anglais du XVIIIe siècle comme une forme de servitude ponctuée par de brefs instants de liberté. Rousseau voyait une immense distance entre un peuple libre se donnant à lui-même sa loi et un peuple élisant des représentants pour faire la loi à sa place. Mais il faut noter que les partisans de la représentation, même s’ils faisaient un choix opposé à celui de Rousseau, apercevaient également une différence fondamentale entre la démocratie et le régime qu’ils défendaient, régime qu’ils nommaient « gouvernement représentatif » ou encore « république ». Deux acteurs dont le rôle a été décisif dans l’établissement de la représentation politique moderne, Madison et Sieyès, soulignaient ainsi en des termes très proches le contraste entre le gouvernement représentatif ou républicain et la démocratie. (…) » (more…)

18 mai 2011

Sarkozy risque de regretter DSK

Filed under: 01 - Etudes et analyses,13 - PS,20 - UMP — iledere @ 6:30

Contrairement à ce qui est fréquemment avancé, la très probable élimination de Dominique Strauss-Kahn de la compétition présidentielle ne renforce pas les chances de succès de Nicolas Sarkozy. Le statut de « favori des sondages » qu’avait décroché le directeur du FMI ne doit pas faire illusion. Il tenait, pour beaucoup, à des facteurs qui n’auraient pas résisté à sa descente dans l’arène électorale.

Un candidat potentiel éloigné des joutes politiciennes bénéficie toujours d’une prime de popularité, on l’avait vu avec Jacques Delors en son temps. Aussi classiquement, toute personnalité perçue comme plus ou moins centriste, comme ce fut le cas pour Raymond Barre ou Edouard Balladur, est surestimée dans les intentions de vote avant que la bataille électorale ne s’engage. Elle bénéficie, à ce stade, de la sympathie des modérés des deux camps comme de l’appui provisoire de ceux qui n’ont pas de préférence affirmée.

Tout indique que DSK aurait subi une nette décote après sa déclaration de candidature. Le feu de la campagne aurait même pu être beaucoup plus sanglant qu’il ne semblait l’anticiper. L’ancien ministre de l’Economie est certes doté d’une envergure qui lui aurait permis de se poser en futur président capable de gérer une France en crise. Et de rassurer, par là-même, une frange non négligeable d’électeurs, notamment parmi les plus âgés. Mais il incarnait simultanément, par fonction comme par conviction, une forme de mondialisation rejetée par de très nombreux électeurs, si j’en crois les rencontres de mes récents « Voyages en France« .

Sarkozy n’aurait sans doute pas hésité à verser dans une certaine démagogie anti-mondialiste, comme l’indiquent les tentatives de replacer l’immigration au coeur du débat public. Selon une tactique souvent utilisée avec succès par son homologue américaine, la droite française aurait également essayé de présenter le candidat de gauche en champion de l’establishment. Toute la stratégie de l’ancien président aurait alors visé à récupérer, contre DSK, le maximum d’électeurs du FN au tour décisif.

Ces calculs n’ont pas la même portée avec un autre candidat socialiste. Sur le fond, Martine Aubry ou François Hollande n’affirmeront sans doute pas une ligne politique très différente de celle qu’aurait pu défendre Strauss-Kahn. Mais leur image n’est pas la même, ni leur sensibilité. Un candidat socialiste moins atypique que DSK pourra plus aisément rassembler l’électorat socialiste. Jean-Luc Mélenchon aura plus de mal à capter à son profit le rejet que l’ancien directeur du FMI pouvait provoquer dans de larges secteurs de l’électorat de gauche. Le spectre du 21 avril plane certes toujours sur le PS. Mais pas plus qu’avant l’arrestation new-yorkaise, et peut-être moins. (more…)

14 mai 2011

WikiLeaks s’invite au club arctique

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Les diplomates de haut rang de huit pays arctiques — Canada, Danemark, Etats-Unis, Finlande, Islande, Norvège, Russie et Suède — s’étaient donné rendez-vous à Nuuk (Groenland), jeudi 12 mai, pour élaborer des règles communes concernant l’exploitation de la région. Car les changements climatiques en cours risquent de totalement bouleverser l’économie circumpolaire.

Il importe, a déclaré Mme Hillary Clinton, de « mettre en balance (…) le potentiel de développement économique de l’Arctique avec le besoin de protéger son environnement et son écosystème ». La secrétaire d’Etat américaine entrevoit la possibilité d’un « accroissement du transport, de la pêche et du tourisme [et] de nouvelles réserves de pétrole et de gaz ».

Si les huit pays ont, pour la première fois de l’histoire, signé un traité de coopération arctique (il s’agit, modestement, d’un accord sur les secours d’urgence), des câbles diplomatiques révélés le jour même par l’organisation WikiLeaks jettent une lumière plus crue sur les intérêts des nations voisines.

Outre de nouveaux détails sur l’affaire du drapeau russe planté à la verticale du pôle Nord, par 4 261 mètres de fond, en août 2007, ces câbles révèlent qu’un diplomate américain a organisé une rencontre entre des dirigeants politiques du Groenland — petite nation de 57 000 habitants, de plus en plus autonome vis-à-vis du Danemark — et des financiers de Wall Street, afin de « garantir que les Groenlandais auront accès aux investissements nécessaires » pour l’exploitation des ressources pétrolières. Quant aux Russes, il espèrent pouvoir tirer d’autres « bénéfices potentiels du réchauffement climatique » : l’ouverture saisonnière du mythique passage du Nord-Ouest, au Nord du Canada, et des accès plus libres pour leurs ports septentrionaux.

Les câbles évoquent aussi dans le détail les préoccupations militaires de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) et de la Russie. Et citent l’amiral Vladimir Vysotsky, le responsable de la marine russe, pour qui, « si l’Arctique connaît la paix et la stabilité, on ne peut pas exclure qu’à l’avenir il y ait une redistribution des pouvoirs, y compris par des interventions armées ».

Dans un communiqué (« WikiLeaks reveals Arctic could be the new cold war », 12 mai), l’association Greenpeace déplore que la ruée vers le pétrole arctique, outre le danger pour l’environnement et le climat qu’elle représente, soit désormais une menace pour la paix.

La valise diplomatique

7 mai 2011

Un seul Etat pour deux rêves

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L’épineux partage de la Palestine
Entamées le 2 septembre sous l’égide du président Barack Obama, les négociations israélo-palestiniennes ne se heurtent pas seulement à la poursuite de la colonisation mais aussi aux vues radicalement différentes des deux parties sur Jérusalem, les réfugiés, les frontières, l’eau. Cette impasse amène un certain nombre de responsables, y compris israéliens, à prôner la création d’un seul Etat sur tout le territoire entre la Méditerranée et le Jourdain.

Par Alain Gresh

« Le moindre danger, le moindre mal, serait la création d’un Etat unique avec des droits égaux pour tous ses citoyens », annonce le président du Parlement. Figure de la vie politique, un ancien ministre surenchérit : il n’existe plus désormais d’autre option que la proclamation d’un seul Etat sur tout le territoire historique de la Palestine, de la Méditerranée au Jourdain. Une jeune députée aux convictions religieuses bien ancrées défend les mêmes conclusions. Trois personnalités palestiniennes ? Trois membres de l’organisation islamiste Hamas ? Trois antisionistes européens ? Non : ce diagnostic a été formulé par trois membres éminents de la droite israélienne.

Le premier, M. Reuven Rivlin, récuse l’idée d’une menace démographique arabe et observe que cette manière de penser « amène à évoquer le transfert ou le fait qu’il faudrait tuer les Arabes. Je suis horrifié par ces propos. Je vais dans les écoles où, lors de simulations d’élections, Lieberman [le ministre des affaires étrangères, dirigeant du parti d’extrême droite Israël Beitenou] obtient 40 % des voix et j’entends des enfants dire qu’il faudrait tuer des Arabes. (…) Ce type d’attitude a été créé par la position condescendante des socialistes [le Parti travailliste] qui affirment : “Nous [les Juifs] ici et eux [les Arabes] là-bas.” Je ne l’ai jamais compris. Quand Jabotinsky (1) disait : “Sion nous appartient”, il voulait dire un premier ministre juif et un vice-premier ministre arabe (2) ».

Le second, M. Moshe Arens, s’est illustré comme ministre de la défense et ministre des affaires étrangères dans les années 1980. Parrain politique de M. Benyamin Netanyahou, catalogué comme un « faucon », il s’est exprimé dans une tribune du quotidien Haaretz : « Que se passerait-il si la souveraineté israélienne s’appliquait à la Judée et à la Samarie et que l’on offrait à la population palestinienne la citoyenneté israélienne ? Ceux qui, en Israël et à l’étranger, considèrent “l’occupation” comme un mal insupportable seraient soulagés par un changement qui libérerait Israël de ce fardeau (3). » (more…)

28 avril 2011

Les inégalités se creusent en faveur des plus riches (Insee)

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Les Français les plus aisés ont continué à s’enrichir ces dernières années, creusant encore les inégalités avec les plus modestes même si le taux de pauvreté est resté relativement stable, selon une étude de l’Insee publiée jeudi.

Globalement, « entre 1996 et 2008, les inégalités de niveau de vie évoluent peu », note l’Insee dans l’édition 2011 de « Revenus et patrimoines des ménages ».

Ainsi, si l’on compare le niveau de vie maximum des 10% de ménages les moins riches (10.520 euros) au niveau de vie minimum des 10% les plus riches (35.550 euros), on constate en 2008 un rapport « relativement stable » (3,4 contre 3,5 en 1996), a expliqué en conférence de presse Jean-Louis Lhéritier, chef du département Ressources et conditions de vie des ménages.

Le « niveau de vie » se calcule en divisant les revenus du ménage par le nombre de personnes qui le composent mais en tenant compte des économies d’échelle induites par la vie en commun (un seul réfrigérateur…) et du fait que les enfants consomment moins que les adultes.

Cette notion permet de comparer des ménages de taille et de composition différentes. Le niveau de vie moyen est de 22.110 euros, le niveau de vie médian de 19.000.

Toutefois, nuance l’Institut de la statistique, ces moyennes « ne rendent pas compte des tendances aux extrémités ». Or, avant 2004, les inégalités avaient tendance à se réduire parce que les ménages les plus pauvres voyaient leur niveau de vie se rapprocher des classes intermédiaires.

A l’inverse, à partir de 2004, « on a une tendance à l’augmentation des inégalités par le haut » de l’échelle, selon M. Lhéritier.

Car depuis cette date, « les niveaux de vie des personnes les plus modestes cessent d’augmenter plus rapidement que les niveaux de vie intermédiaires alors que ceux des plus aisées continuent leur progression », note cette étude, qui s’arrête juste avant les premiers effets de la crise financière. (more…)

Un an sans gouvernement : la Belgique accélère son évaporation

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RTRN1OX_CompLe 26 avril 2010, la démission du gouvernement d’Yves Leterme, le premier ministre belge, présentée le 22 avril, était acceptée par le roi Albert II. Le 26 avril 2011, la Belgique est toujours administrée par le gouvernement en « affaires courantes » de Leterme Yves…

Pourtant, le 13 juin 2010, des élections législatives anticipées ont eu lieu : elles se sont soldées par la victoire, en Flandre, des indépendantistes et de leurs alliés confédéralistes (le corps électoral belge est scindé entre Néerlandophones et Francophones.) Mais voilà, ce résultat même interdit durablement tout compromis entre le nord et le sud du pays, ce que réclament les partis indépendantistes flamands, à savoir une réforme de la fédération belge destinée à accélérer l’évaporation du pays, étant inacceptable pour des Francophones attachés à l’unité du pays.

Personne ne voit plus de voie de sortie à la crise actuelle après avoir essayé toutes les combinaisons et toutes les concessions possibles. Ceux qui évoquent, ces derniers jours, et en désespoir de cause, une exclusion d’une future majorité de gouvernement de la très jusqu’au-boutiste N-VA indépendantiste de Bart De Wever, grand vainqueur des élections de juin 2010, prennent leurs désirs pour des réalités. En effet, jamais les démocrates-chrétiens flamands (CD&V) ne l’accepteront puisqu’ils sont alliés à la N-VA au plan régional et surtout municipal : or, des élections communales auront lieu en 2012 et un lâchage de la N-VA se paierait cash par la perte de nombreuses mairies pour le CD&V. Or, il faut savoir qu’en Belgique, le véritable pouvoir réside dans les municipalités… En outre, isoler le principal parti de Flandre ne pourrait que lui être favorable, celui-ci apparaissant comme victime de la partitocratie. (more…)

27 avril 2011

La sinistre farce de Guantanamo enfin au grand jour ?

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Ils n’avaient rien à y faire pour la plupart.Certains y sont restés huit ans et ont été libérés sans le moindre jugement entre deux. D’autres ont été renvoyés dans leur pays où les attendait une mort certaine, comme pour Al-Libi, celui qui avait tout avoué, et surtout ce qu’il n’avait pas vu…

Pour que cela devienne élément à charge de Colin Powell à l’ONU. Un document de 700 pages atterri hier au New-York Times décrit par le détail la farce tragique qu’a été et qu’est toujours la prison de Guantanamo (document qu’analyse aussi Le Monde ce jour-même). Grâce encore une fois à Wikileaks. Les américains vont-ils un jour s’apercevoir qu’on y a fait croupir des gens qui n’avaient rien à y faire et rien à se reprocher, qu’on y a allègrement torturé ou envoyé ailleurs (dans d’autres pays) pour y être également torturé, qu’on a méprisé les conventions établies sur les droits de prisonniers, bref qu’on a commis là l’un des pires exemples d’abus et de néantisation des droits de l’homme ? Vont-ils un jour s’en rendre compte ?

Dans ces documents, il y a toute la folie des militaires qui se sont chargé des détenus. L’un d’entre eux a noté par exemple, après six années d’interrogatoire réguliers, d’un détenu qui n’a jamais rien eu à dire qu’il « restait des zones potentielles à exploiter » avec lui ! Autrement dit, on tombe sur un syndrome connu, celui du gars qui a échoué à faire parler un prisonnier, mais qui continuera tout le temps à dire que celui-ci savait quelque chose… histoire de garder son « job » de geôlier ! Le journal note aussi que parmi les 172 restants, tous portent le titre de « prisonnier à haut risque » : le problème, c’est que les 600 détenus qui sont passés à Guantanamo avaient tous bénéficié de la même appellation. Tous à « hauts risques« , même les gamins amenés là car ils n’avaient pas été capturés mais tout simplement vendus par des afghans désireux de se faire de l’argent facile ! Ou encore celle du prisonnier 1051 (et oui ce fut aussi déshumanisant que ça !) de son nom Sharbat, capturé en mai 2003 près de l’explosion d’une IED, simplement parce qu’il se trouvait là… avec son troupeau de moutons. Longtemps interrogé, il se révéla n’être effectivement qu’un simple berger, n’ayant aucune idée politique ou aucun investissement pour un bord ou l’autre, ne répondant correctement qu’aux questions portant sur… l’élevage. Malgré cela, le tribunal militaire en a fait un « ennemi combattant », l’euphémisme créé pour échapper aux lois sur les conventions de Genêve et l’assistance aux prisonniers, et n’a été libéré que trois ans plus tard… sans procès et encore mois de compensation pour emprisonnement sans aucune justification. Raflé, il était l’homme qui était là à la mauvaise place le mauvais jour. Bilan pour lui : trois années de torture. (more…)

23 avril 2011

Les statistiques victimes de la défiance : le cas du pouvoir d’achat

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En vue de l’émission Service Public (France Inter) du 8 mars dernier sur le thème « La vérité sur le pouvoir d’achat », j’ai rédigé la petite note que voici – qui reprend assez largement le contenu de la conférence au Café de la statistique du 8 juin 2010 sur le thème « Statistique et sentiment personnel« . La voici.

Pouvoir d’achat, chômage, délinquance, sécurité nucléaire… Les Français semblent de plus en plus méfiants à l’égard des statistiques, et en particulier les statistiques publiques – dans lesquels ils ne se retrouvent pas. Comment interpréter ce décalage entre le mesurer et le perçu ? Les Français sont-ils de mauvaise foi ou bien victimes d’erreurs d’appréciation ? Les statistiques sont-elles manipulées à des fins politiques ou bien sont-ce les méthodologies utilisées qui seraient défaillantes ? Dans une société où tout doit être mesuré, évalué, comparé, ce conflit entre le statisticien et le citoyen revêt une importance considérable comme élément du débat sur le « vivre ensemble », tant celui-ci suppose un consensus sur des constats partagés.

Pour essayer d’y voir un peu plus clair sur cette question, penchons-nous sur la question du pouvoir d’achat. Au cours des années 2000, et en particulier après le passage à l’euros, un fossé s’est installé entre la perception que les Français avaient de l’évolution de leur pouvoir d’achat (qu’une large majorité estimaient en recul) et les statistique de l’INSEE qui mettaient en évidence la persistance d’une croissance – certes, lente – du revenu disponible des ménages. La mise en doute des statistiques a d’abord été engagée par une entreprise de la grande distribution (Leclerc), qui a mis en avant d’autres modes de calcul menant à des résultats plus proches du ressenti de ses clients. La question du pouvoir d’achat s’est trouvée au cœur de la campagne des présidentielles de 2007. Le candidat Sarkozy a alors clairement mis en doute la qualité de la statistique publique, donnant raison à la sagesse populaire. C’est dans ce contexte que le Conseil d’Analyse Economique a demandé à Robert Rochefort (alors directeur général du Crédoc) de plancher sur la question de la mesure du pouvoir d’achat. J’ai travaillé à ses côtés à ce rapport, qui a été remis à la ministre de l’Economie fin-2007[1]. A la suite de ce rapport, une commission a été formée pour suggérer la mise en place de nouveaux indicateurs.

Dans ce rapport, nous examinions trois sources possibles de l’écart entre la perception et la mesure : les biais de perception des consommateurs, le conflit « micro-macro », la défiance propre à notre époque.

Les biais de perception
Les individus portent des lunettes différentes de celles des statisticiens lorsqu’ils appréhendent et interprètent la réalité à laquelle ils sont confrontés. S’agissant de l’inflation, ils ont tendance à généraliser ce qu’ils observent sur un tout petit nombre de prix, ceux des produits ou services achetés quotidiennement : produits alimentaires courants, essence, etc. – une petite dizaine de prix peut-être. Or au moment du passage à l’euro en 2000-2002 un certain nombre de ces prix ont effectivement dérapé, la grande distribution en particulier ayant alors quelque peu « poussé les étiquettes ». Cette tendance à la généralisation, cet effet de « halo » autour de quelques prix explique l’intérêt porté par les ménages à des démarches comme « le prix du caddie ». Dans le même esprit, nous sommes plus prompts à relever les hausses de prix que les baisses : la hausse du prix du petit noir au comptoir a davantage frappé l’opinion que la baisse du prix des ordinateurs, de même que l’épisode inflationniste de 2007-2008 par rapport à la baisse générale des prix intervenue en 2009-2010. (more…)

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