Il y a des jours comme cela ! Le rayon d’un timide soleil vient vous chatouiller le visage faisant oublier la froidure matinale quand, dans un air d’une transparence cristalline, la buée qui s’échappe de vos lèvres mutines semble prête à se transformer en d’innombrables cristaux d’une glace qui pourrait embuer un verre de votre cocktail préféré.
Tout semble paisible et en harmonie. Les piquets de grève devant le lycée, auxquels hier je trouvais l’oeil bovin, me semblent pareils à de jeunes révolutionnaires romantiques façon poster du Che si celui ci avait osé s’affubler d’écouteurs style prothèses auditives des années 30 et s’il était de coutume dans la jungle cubaine de déambuler avec une cannette de Kro à la main.
Même celui qui vomit sa cinquième cannette de fin de matinée dans un caniveau dont le béton en a vu d’autres, me semble sympathique et j’étreindrais facilement, dans un geste de camaraderie virile, ce jeune écervelé qui vaillamment, sous nos yeux, se prépare une future cirrhose à faire rire des générations de médecins, si une éducation stricte et une hétérosexualité militante ne me retenait pas, ainsi d’ailleurs, que la crainte de saloper un manteau en pure cachemire, quand on sait la fragilité de ces étoffes qui pourtant sont à nos peaux tannées de prince-pirates la plus douce des caresses.
Il y a des jours comme cela où l’on voit dans tous les évènements les bons coté et lorsqu’un messager du mauvais sort, sous la forme d’un élève haletant, vient vous annoncer que Mike Golding vient de démâter et que Dejeanty se déroute, plutôt que de gifler le porteur de mauvaises nouvelles qui, dans la Rome antique aurait été exécuté, vous vous prenez à lui ébouriffer son crane de moineau en murmurant : « ce n’est pas grave, ils seront plus vite chez eux, auprès de leurs proches« .
Il y a des jours comme cela ou l’on frémit d’un rien. La promesse du feulement félin du V8 de mon avion de chasse, dont j’aime à affirmer qu’il s’agit de la voiture de fonction d’un secrétaire de section socialiste, à des imbéciles qui croient n’importe quoi, la preuve ils votent Sarkozy ainsi que le contact de sa sellerie cuir assemblée à la main par de robustes ouvrières alémaniques dont les mains puissantes ont assoupli la peau choisie avec soin par leurs paysans de mari fièrement vêtus de leur culotte de peau qui amortissent les puissants coups qu’ils s’assènent joyeusement sur les cuisses lorsqu’ils yodellent à tue tête, me procure une félicité digne du bonheur du moine Zen lorsqu’il atteint l’illumination.(1)
Même l’embouteillage du feu de la gare de La Rochelle, le plus long d’Europe, le feu, pas l’embouteillage, c’est dans le Guiness Book m’a-t-on affirmé, me remplit de bonne humeur quand, dans la voiture voisine, une jeune et jolie conductrice emmitouflée dans une écharpe multicolore que j’imagine assortie à de longs collants de pure laine, promesse fantasmatique d’envolées libidineuses impossibles en été, répond d’un sourire à mon petit coucou, fronçant un petit nez en trompette faussement sage, au geste délicat d’une dextre virile tannée par les embruns et les vestiges d’un passé douloureux quoique héroïque.(2)
La classe où m’accueille la dame de mes pensées du moment, chichement décorée de pauvres cartes et de dessins d’enfants où il de bon ton de trouver, devant leurs parents, la promesse de génies en devenir, me semble un palais ou règne la plus belle des princesses, telle une déesse callipyge dont le sourire anéantirait toute velléité de résistance, alors même que ma rigueur morale m’interdit, habituellement, tout lien charnel en dehors des liens sacrés du mariage des autres.
Et lorsqu’elle accepte sans façon ma volonté de la conduire toutes affaires cessantes dans des lieux improbables où les mets fins et les vins délicats raviront un palais fait pour les choses les plus subtiles, et plus si affinité, je me dis qu’il y a vraiment des moments ou l’Homme, et la Femme, bien sûr, ne me prenez pas pour un infâme macho moi qui tient toujours la porte aux dames quand je n’hésite pas à la fermer à la gueule des cons, des moments ou l’Homme disais-je, vous me faites perdre le fil avec vos digressions inutiles, des moments où l’Homme, en totale harmonie avec son environnement, se dit que la vie vaut la peine d’être vécue et la jeune femme d’être honorée.
Il y a des moments, comme cela, où le mâle repu entonne a capela son chant guerrier, sorte de Yaka issu d’un temps où la place au soleil ne se faisait qu’à coups de pied où de fusil, ce dernier étant largement recommandé, ce chant commençant par un long cri guttural qui fit rire ma charmante compagne laquelle ne put s’empêcher de roucouler de sa voix ensorcelante : « Allez grand fou, avoue, tu as confisqué des pétards à tes élèves ? ».
« Non, ma douce et tendre, je viens de démissionner du Secrétariat Fédéral !!! »
Alain Renaldini
(1) C’est quand que je lis des phrases comme celles-là que je m’a dis que Proust n’était qu’un Jean Foutre. Guy des Cars
(2) au cas ou tu te reconnaisses, charmante inconnu, j’ai un créneau horaire disponible de 17 à 19 heures. N’hésite pas à m’envoyer un mail…
Je n’en souhaite pas moins aux amis tout le bonheur du monde dans leur mission et lorsqu’ils plieront l’échine sous les difficultés dont certains aiment à parer leur chemin de croix, qu’ils fassent comme moi : qu’ils relisent Desproges, le seul homme ayant réussit à rendre la cancer amusant quand tant d’autres s’évertuent à rendre le militantisme emmerdant.
Ou/et qu’ils entonnent le cri primal d’Harry Bellafonte dans son « Banana boat song » (sur des images du non moins extraordinaire « Beetle juice »…)
Banana Boat Song est une chanson folk traditionnelle calypso-jamaïcaine des ouvriers de l’industrie bananière. Sa mélodie rythmée et son refrain sont très célèbres et faciles à apprendre. La version la plus connue est celle de Harry Belafonte en 1956.
La chanson évoque les dockers qui travaillent la nuit (Work all night) et chargent des bananes sur les bateaux (Stack banana). Les régimes sont parfois gros et lourds (Lift 6-foot, 7-foot, 8-foot bunch), et peuvent cacher des dangers redoutables tels qu’une tarentule (Hide the deadly black tarantula).
Le jour pointe enfin (Daylight come) : le travail est terminé et les hommes veulent que les comptes soient faits (Come, Mr. Tally Man, tally me bananas) afin de rentrer chez eux (We want go home).
Né aux États-Unis à Harlem, d’origine jamaïcaine, Harry Belafonte est musicien, acteur et militant politique. Enfant, de 1935 à 1939, il vit à Aboukir, un village jamaïcain. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il sert dans la marine américaine. Le « roi du calypso » a popularisé ce modèle musical des Caraïbes. Défenseur des droits civiques et des causes humanitaires, il est ambassadeur à l’UNICEF depuis 1987.
Day-o, Day-ay-ay-o
Daylight come and me wan’ go home
Day, me say day, me say day, me say day
Me say day, me say day-ay-ay-o
Daylight come and me wan’ go home
Work all night on a drink a’ rum
Daylight come and me wan’ go home
Stack banana till the mornin’ come
Daylight come and me wan’ go home
Come, Mister tally man, tally me banana
Daylight come and me wan’ go home
Come, Mister tally man, tally me banana
Daylight come and me wan’ go home
It’s six foot, seven foot, eight foot BUNCH!
Daylight come and me wan’ go home
Six foot, seven foot, eight foot BUNCH!
Daylight come and me wan’ go home
Day, me say day-ay-ay-o
Daylight come and me wan’ go home
Day, me say day, me say day, me say day…
Daylight come and me wan’ go home
A beautiful bunch a’ ripe banana
Daylight come and me wan’ go home
Hide the deadly black tarantula
Daylight come and me wan’ go home
It’s six foot, seven foot, eight foot BUNCH!
Daylight come and me wan’ go home
Six foot, seven foot, eight foot BUNCH!
Daylight come and me wan’ go home
Day, me say day-ay-ay-o
Daylight come and me wan’ go home
Day, me say day, me say day, me say day…
Daylight come and me wan’ go home
Come, Mister tally man, tally me banana
Daylight come and me wan’ go home
Come, Mister tally man, tally me banana
Daylight come and me wan’ go home
Day-o, day-ay-ay-o
Daylight come and me wan’ go home
Day, me say day, me say day, me say day
Me say day, me say day-ay-ay-o
Daylight come and me wan’ go home