Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

7 juillet 2010

Emploi, logement : le premier tour de vis du ministre Baroin

Filed under: 03 - Economie — iledere @ 12:09

Dans une interview au journal Les Echos, le très appliqué successeur d’Eric Woerth vient d’annoncer quelques premières coupes à effectuer parmi les dépenses sociales. Procédant par petites touches, il privilégie les petits mécontentements à la grosse colère.

A quelques heures de l’ouverture, cet après-midi à l’Assemblée nationale, du débat sur la préparation du budget 2011, le ministre du Budget François Baroin annonce la couleur. La réduction du déficit à 8% du PIB en 2010 et à 6% en 2011 est un «objectif intangible et absolu». Afin de tenir cet engagement pris auprès de Bruxelles qui représente une économie de 40 milliards d’euros à réaliser d’ici 2011, le ministre annonce, dans une interview aux Echos parue ce mardi, les différents postes de dépenses dans lesquels le gouvernement a coupé. En première ligne : les aides au logement, à l’emploi, et celles ciblant les services à la personne.

Concernant le logement, le ministre a annoncé la suppression de la possibilité donnée aux parents d’étudiants de cumuler l’aide personnalisée au logement (APL) avec l’avantage de la demi-part fiscale attribuée pour un enfant à charge. «Il faudra choisir», a prévenu le ministre. Au total, c’est à hauteur de 1 milliard d’euros que la politique du logement sera amputée, estime le quotidien économique.

Le secteur des services à la personne, en pleine expansion notamment grâce aux mesures de soutien de l’Etat, fera également les frais des mesures de rigueur. Si François Baroin nie vouloir supprimer l’avantage fiscal dont bénéficient les personnes recourant à ses services à domicile, l’avantage social sera quant à lui remis en cause. «Nous allons supprimer l’abattement de 15 points sur les exonérations sociales dont bénéficient les ménages qui déclarent leur employé au salaire réel […], ainsi que l’exonération de cotisations patronales proposée jusqu’au niveau du SMIC aux associations et structures agrées», a-t-il fait savoir. Une mesure qui représente, selon François Baroin, une économie évaluée à 300 millions d’euros.

Concernant l’aide aux handicapés, il confirme que l’AAH «sera bien augmentée de 25% mais en six ans au lieu de cinq». «Elle sera revalorisée de 3% l’an prochain au lieu des 4,5% prévus», a-t-il ajouté.

Enfin, le nombre d’emplois aidés sera quant à lui revu à la baisse, de 400.000 en 2010 à 340.000 l’an prochain. Une mesure qui ne devrait pas contribuer à la résorption du chômage, à nouveau reparti à la hausse au mois de mai.

La TVA à 5,5% dans la restauration sur la sellette
Quant à une éventuelle remise en cause de la TVA à 5,5% dans la restauration, plusieurs fois évoquée, François Baroin s’y déclare favorable «après la prochaine élection présidentielle». «Pour le ministre du Budget que je suis, explique-t-il, cette TVA réduite reste une très grosse niche fiscale. A terme, il faudrait certainement créer un taux intermédiaire, proche de 10%», estime-t-il. Mais hors de question de faire porter le poids de cette mesure sur le mandat de Nicolas Sarkozy, qui avait réussi de haute lutte à obtenir de Bruxelles cette remise en cause de la TVA à 19,6%. «Seul un candidat ayant pris cet engagement devant les Français peut porter une telle mesure» argumente François Baroin. (more…)

2 juin 2010

Emploi des seniors : ce Wauquiez ne comprend rien

Filed under: 04 - Emploi formation — iledere @ 12:30

Vieux-de-la-vieille Laurent Wauquiez, le secrétaire d’Etat à l’Emploi vient de présenter des pistes pour embaucher les seniors et propose d’ exonérer de charges les entreprises qui les embauchent tout en développant un mode de tutorat envers les jeunes.

Avant de lancer cette idée qui est expérimentale  en Grande-Bretagne, Laurent Wauquiez devrait dans un premier temps  interroger  les employeurs. L’a t-il fait ? J’en doute fort.

Qu’il aille donc interroger par exemple des patrons d’enseignes comme  Jules ou Pimkie, qui font de  la vente de vêtements pour ados et qu’il leur propose d’embaucher une vendeuse qui a entre 60 et 64 ans… Ok c’est un mauvais exemple !

Qu’il aille donc voir alors un patron de bistro pour lui demander s’il veut coller derrière son comptoir un gugusse de 60 piges ou une serveuse ayant le même nombre d’heures de vol… Ah ok ça aussi c’est un mauvais exemple !

Alors prenons une entreprise d’abattage de volailles ou de cochons [spécificité bretonne]. Le sexagénaire va très rapidement être maudit par les jeunots parce qu’il ralentit la chaîne, normal, il est plus compliqué de tenir une cadence lorsque l’on a dépassé certaines années. Oui mais cela est aussi un très mauvais exemple !

Je ne vais pas faire ici l’inventaire de tous les secteurs métiers qui seraient hostiles à embaucher un sexagénaire. Certes Laurent Wauquiez cite le cas de Bouygues qui met cette politique en action mais c’est Bouygues de la bande à Sarkozy.  Créer une sorte de laboratoire pour vieux est plus simple lorsque l’on est de la famille du président.

Toujours d’après le secrétaire d’Etat le taux d’emploi des 60-64 ans est de 17%. Faut-il être étonné de cette statistique ?

A 63 ans, je me demande quel est le travailleur qui va se défoncer pour trouver un emploi. Cette proposition est  vraiment la meilleure façon de prendre les vieux pour des cons et pour des vaches à lait. Encore là une façon de justifier l’allongement de la durée du travail tout en leur faisant espérer que le travail sera là. Ceux qui ne toucheront pas de retraites toucheront aux pots des ASSEDIC. Il est vrai que son portefeuille va prendre une sérieuse claque. Alors, ce jeune Wauquiez, teste, balance des idées,  et  des idées à la noix. Il ferait mieux de s’intéresser à tous les jeunes diplômés ou non qui ne trouvent pas d’emploi parce que des croûtons de 60 balais sont obligés de continuer à travailler.

Par Yann Savidan pour son blog « carnet de note »

26 mars 2010

Une hausse du chômage pas si légère que ça

Filed under: 04 - Emploi formation,21 - Mensonges de Sarko — iledere @ 12:00

Une hausse du chômage pas si légère que çaLe baromètre Marianne du chômage décrit une réalité un peu différente de celle affichée par le gouvernement.
A 4,7 millions de personnes maintenues hors de l’emploi, la progression est 7 fois plus importante que les 0,1% officielle, soit 33 600 demandeurs d’emploi supplémentaires.

« Le chômage sera en très légère hausse, mais en stabilisation (…) en décembre on a eu une toute petite hausse, en janvier on eu une hausse un peu plus soutenue», se félicitait hier matin, mercredi 24 mars, Christine Lagarde au micro de RMC. Le ministre de l’économie avait comme à l’ordinaire les yeux rivés sur le chômage officiel qui progresse de 0,1 %. Notre baromètre la contredit. Il s’inscrit en hausse de 0,7 %, soit 33 600 personnes supplémentaires. L’écart s’expliquent par une hausse sensible du chômage caché, + 1,5%.

Une hausse du chômage pas si légère que ça<

«Le chômage va augmenter tout au long de l’année 2010. En 2011 il devrait se stabiliser, mais à un niveau très élevé. Si vous êtes chômeur, la crise est devant vous », déclarait Eric Heyer économiste à l’Office français des conjonctures économiques, à notre confrère Mediapart.
Notre baromètre ne dit pas autre chose.

Emmanuel Levy pour Marianne2.fr

5 janvier 2010

No limit…

Après la « rupture conventionnelle », le MEDEF souhaite : La « mobilité professionnelle » sans retour !
Au MEDEF, à défaut d’avoir des idées pour embaucher, on n’en manque pas pour alléger les effectifs !

Le patronat a déjà obtenu la fameuse rupture conventionnelle, qui permet à un employeur et un salarié de se séparer d’un commun accord. Rupture décrite sur le site du Ministère du travail

« Dans les conditions fixées par les articles L. 1237-11 à L. 1237-16 du Code du travail, issus de la loi n° 2008-596 du 25 juin 2008 « portant modernisation du marché du travail » (JO du 26 juin), l’employeur et le salarié peuvent convenir d’un commun accord des conditions de la rupture du contrat de travail qui les lie.

Cette rupture conventionnelle du contrat de travail obéit à une procédure spécifique : entretien(s) entre les deux parties, homologation de la convention… Elle est entourée d’un certain nombre de garanties pour le salarié et lui ouvre droit, dans les conditions de droit commun (activité préalable suffisante, recherche active d’emploi…), au bénéfice de l’allocation d’assurance chômage »

Mais, cela ne semblait pas suffire au MEDEF qui vient de proposer aux syndicats de modifier, encore une fois, la législation du travail pour permettre à un salarié de quitter son employeur d’un «commun accord» pour aller voir ailleurs, avec la «possibilité» de revenir si l’essai n’est pas concluant.

Oui, mais cette fois-ci, le patronat propose un nouveau mode de rupture « spécifique » du contrat de travail !

Ce que le Medef propose d’instituer à titre expérimental, sur une période de deux ans, c’est :
« un droit conventionnel prenant la forme d’un accord de mobilité professionnelle individuelle sécurisée » ouvert aux salariés avec deux ans d’ancienneté. En cas d’échec, le salarié aurait la possibilité de retrouver dans l’entreprise son ancien emploi ou un emploi équivalent dans les six mois suivant la rupture de son contrat, voire davantage si la période d’essai du nouveau poste, renouvellement compris, excède six mois. Le contrat serait rompu d’un « commun accord des parties… / …  »

ça c’est pour la théorie, mais qu’en sera t-il dans les faits ? (more…)

16 décembre 2009

Emploi – L’INSEE s’est trompé au troisième trimestre : les chiffres ne sont pas bons.

Filed under: 04 - Emploi formation — iledere @ 12:00

L’Insee s’est planté au troisième trimestre. Il a rectifié, hier. Le résultat est bien plus mauvais qu’annoncé.

Le pire de la crise est passé pour l’emploi ! Coup de clairon de Laurent Wauquiez, mi-novembre. Le secrétaire d’État à l’Emploi se basait alors sur les chiffres provisoires de destructions d’emplois au troisième trimestre, publiés par l’Insee. Seulement 5 500.

Patatras ! Les statisticiens de l’Institut se sont pris les pieds dans les chiffres. Et pas qu’un peu. Ce ne sont plus 5 500, mais 80 700 emplois que l’économie française a supprimés de juillet à septembre, a-t-on appris, hier, toujours de l’Insee.

Les petites entreprises pas prises en compte

Ah bon ! comment est-ce possible ? L’Institut de la statistique voudrait bien le savoir. Piteux, il avoue que son premier chiffre ne prenait pas en compte les entreprises de moins de dix salariés. Qui sont au moins un bon million à employer d’une à neuf personnes. Selon les statistiques de 2007…

Déterminé, il va mener une « expertise », sans doute confiée à des matheux pour savoir où le bât blesse si douloureusement. D’habitude, l’Insee retombe à peu près sur ses pieds entre le provisoire et le définitif. Depuis plusieurs trimestres, l’écart grandit. La crise malmènerait-elle à la fois l’emploi et les modèles mathématiques de l’Insee ?

Pour le gouvernement, c’est très gênant. Prompts à célébrer les bonnes nouvelles, voilà les ministres condamnés à revoir leurs calculs.

Au final, tout cela montre que l’amélioration spectaculaire du troisième trimestre n’était qu’un leurre. Elle était d’ailleurs regardée avec suspicion par quelques experts, car le décalage entre la stabilisation ou la reprise de l’économie et la consolidation ou l’amélioration de l’emploi sont généralement plus longs. Ce ne sont pas forcément les statistiques qui le disent, c’est l’expérience.

par werdna
dans http://inventerre.canalblog.com/
(sources : Ouest-France -11/12/09 – Hervé Babonneau)
Merci à la « lettre de Jaures« 

29 juillet 2009

Parole d’expert !

Filed under: 03 - Economie,06 - Travail-Entreprises,12 - Brèves — iledere @ 12:00

Le très libéral Marc Touati, économiste et directeur général de Global Equities, n’a pas manqué de nous faire rire de bon matin… Profitez-en !

Dans une interview à Usine Nouvelle parue lundi, outre se planter dans ses pronostics du chômage de juin — mais on lui pardonne… — et critiquer la politique du gouvernement, pas assez libérale à ses yeux face à la crise — là, on ne pardonne pas —, le sémillant et médiatique expert a émis l’idée suivante :

« Il faut arrêter de broyer du noir. Si le chômage continue d’augmenter, la crise économique va se transformer en crise sociale. Or, si les entreprises ne veulent pas rater le coche de la reprise, il faut absolument qu’elles arrêtent de licencier. Car quand l’activité va redémarrer, elles vont être obligées de réembaucher, cela prendra du temps. Comme dans toutes les situations de crise, il va y avoir des opportunités. Bien sûr il y aura des perdants, mais aussi des gagnants. La reprise est là mais il faut transformer l’essai. D’autant que ce sera une reprise molle, un rebond technique, donc il faut rester très prudent. Par ailleurs, on a un plan de relance, on voit que la consommation résiste. S’il y a un espoir, il ne faut pas le gâcher. »

Enorme ! On dira donc que Marc Touati est un libéral (apparemment) sensé, mais (volontairement ?) naïf…

Les entreprises françaises devraient arrêter de licencier ? Tu rêves, Blaise ! Elles ne sont déjà pas fichues de savoir ce qui est bon pour elles en évinçant d’office les jeunes et les seniors de leurs effectifs, et leur mode de management est mondialement réputé pour son archaïsme. Alors, leur demander de faire preuve de «patriotisme économique» (pour celles qui font toujours des bénéfices) ou d’anticipation (pour les autres), c’est beaucoup trop en attendre et ça reste… une fiction !

SH pour Actu chomage

24 juillet 2009

L’Etat social proactif du XXI° siècle : associer les questions sociale et environnementale.

Filed under: 04 - Emploi formation — iledere @ 6:45

Un État social proactif : investir dans l’Homme pour répondre aux enjeux sociaux et écologiques du XXIème siècle.

Face à ceux qui dénoncent l’État providence comme un archaïsme, la crise impose une réflexion globale sur la nature de l’État moderne à inventer pour redynamiser notre modèle. Il s’agit de réfléchir à un État préventeur. Un système qui doit être plus efficace dans son action de prévention des risques sociaux et de lutte contre les inégalités. Les programmes étatiques doivent pour cela s’orienter et favoriser les dépenses actives, celles qui incitent au retour vers l’emploi des personnes, sans pour autant renier les dépenses passives.

strong>Comment favoriser l’emploi ?
La question oblige à des actions micro sociales pour une prise en charge individuelle. Le chômage appelle des réponses individualisées qui concernent autant l’État, les collectivités que les associations. Comme on a pu parler de République sociale, l’État social du XXIème siècle doit voir le jour pour permettre à la gauche européenne de faire entendre sa demande de mise en place d’un nouvel État social.

De quoi parle-t-on ?
C’est en passant de la question purement sociale à la question écologique, que l’État social se modernise. Avec la première transformation, qui a consisté à passer d’un État social minimum à l’État social keynésien, l’État social s’était donné pour objectif de répondre à la progression de la prolétarisation qui ne cessait de croître avec le développement du fordisme. Cette prolétarisation excluait les citoyens ainsi placés aux portes de la société. Ils étaient exclus de l’accès aux biens de consommation, réservés aux propriétaires des outils de production. Le tournant du siècle qui nous concerne, est un moment important de l’histoire sociale, car pour notre sujet, la question écologique vient interpeller la modernité de notre modèle de société et plus encore de l’État social. L’écologie interroge au niveau mondial le devenir de nos sociétés consuméristes, qui découvrent les limites plus ou moins connues des ressources de notre planète, et sa fragilité face à nos activités de production et de consommation. L’État social du XXIème siècle appelle des réponses à l’échelle de la mondialisation, et inclus les questions sociale et écologique.

Un État social pourquoi faire ?
L’État social est relatif aux interventions de l’État qui mettent en jeu la socialisation. Ces interventions visent à intégrer les citoyens ou à favoriser leur intégration. L’État social couvre ainsi l’ensemble des interventions de l’État, qui ont pour objet d’insérer les citoyens ou de favoriser cette insertion. Les services publics participent en ce sens à l’effectivité de certains droits. Ils ont donc une place prépondérante dans un tel modèle. Le ministre belge des Affaires sociales et des Pensions en 1999, Frank Vandenbroucke, chargé de réorganiser la politique économique et sociale de son pays, et selon les principes de l’État social actif, nous donne une définition de celui-ci : «  L’État social actif veut suivre une nouvelle approche. Cette ambition suppose une politique proactive, qui insiste davantage sur les investissements dans les personnes, sur le travail sur mesure, sur la responsabilité personnelle des différents acteurs intervenant sur le terrain social… Il n’attend pas qu’un risque social se produise : au contraire, il met l’accent sur la prévention. Il peut le faire précisément parce qu’une série de nouveaux risques sociaux sont bien plus prévisibles. « . (more…)

17 juin 2009

Salariés acrobates pour travail sans filet

Filed under: 01 - Etudes et analyses,06 - Travail-Entreprises — iledere @ 6:15

le blog de l'île de Ré« J’aime les pédateurs. Je les aime parce qu’ils vivent d’expédients. » Nous sommes en août 1994. L’homme qui s’exprime, Albert J. Dunlap, est un grand expert en restructurations industrielles. Dans son espace de travail, quelques objets en bronze intriguent : deux requins décrivant un cercle, posés sur son bureau ; un lion bondissant, sur une table de conférence ; un aigle attaquant sa proie, dans la salle de réception. Dunlap a 52 ans. Quelques mois plus tôt, il s’est confortablement mis à la retraite et il s’ennuie un peu sur les terrains de golf et les courts de tennis lorsque Scott Paper, l’entreprise américaine qui a inventé les rouleaux de papier hygiénique en 1907, fait appel à lui.

Dans les semaines qui suivent son recrutement, il annonce la suppression imminente de près de onze mille emplois, soit le tiers des effectifs. Un « dégraissage » à tous les niveaux hiérarchiques, mais aussi un « dépoussiérage » : « Il faut, estime-t-il, se débarrasser des gens qui représentent l’ancienne culture [d’entreprise], sinon ils vous combattent (1). » Dunlap est réputé pour n’avoir pas le sens de la diplomatie. Il taille dans le vif. L’évoquant, le milliardaire ultraconservateur franco-britannique James Goldsmith a confié : « Je n’ai jamais rencontré quelqu’un sachant mieux que lui repositionner une entreprise et prendre les rudes décisions qui s’imposent. Il est un chirurgien au sens où il doit faire couler le sang pour régler le problème du patient (2). »

Hier glorifiés, les prédateurs commencent néanmoins à être dénoncés en tant que tels aux Etats-Unis, le pays qui, à partir du début des années 1980, a donné l’exemple d’une déconstruction systématique du contrat social.

La « révolution » reaganienne et ses suites ? Pour l’essentiel, « une escroquerie orchestrée par un Etat prédateur », accuse James K. Galbraith, économiste à l’université du Texas (3). L’excellence managériale ? En fait une exploitation généralisée, impitoyable et despotique de la main-d’œuvre, une « grande extorsion », démontre dans son ouvrage — The Big Squeeze — le correspondant du New York Times Steven Greenhouse. La promesse d’une prospérité pour tous, selon une logique « gagnant-gagnant », pourvu que chacun « se responsabilise » et donne le meilleur de soi-même ? Plutôt une surexposition des individus et des familles aux risques sociaux — des risques hors de leur contrôle et de leurs moyens financiers, dont l’incidence croît, et qui ne sont plus ou presque plus couverts. C’est l’argument central développé par Peter Gosselin, correspondant du Los Angeles Times, dans High Wire.

Cette violence est aujourd’hui extrême aux Etats-Unis. Contrairement à une idée assez répandue en Europe, il n’en a pas toujours été ainsi. La conjonction du recul de la protection sociale et de la généralisation du management agressif a progressivement atteint toutes les couches sociales, sauf la petite frange des plus aisés. Encore fascinée par un « modèle » américain très discrédité par l’actuelle crise financière, l’Europe est allée dans la même direction, comme en témoignent d’autres ouvrages présentés ici. Dans l’ensemble, ils montrent que les citoyens des pays riches sont toujours plus nombreux à être renvoyés à eux-mêmes, à leur responsabilité personnelle ou à leurs difficultés psychologiques lorsqu’ils sont confrontés à l’injustice du système. (more…)

8 juin 2009

Le retour du protectionnisme

Filed under: 06 - Travail-Entreprises — iledere @ 6:00

Le blog de l'île de Ré« On ne peut pas desserrer l’étau, ou on ne veut pas ? »

Dans le textile, les délocalisations ont, de longue date, dévitalisé la production française et détruit les emplois. Enquête auprès des dirigeants d’entreprise, tel M. Guillaume Sarkozy, qui ont impulsé ces choix et des syndicats qui les ont subis. Ou comment le protectionnisme demeure un mot tabou, chez les uns comme chez les autres.

Près des Halles, à Paris, M. Guillaume Sarkozy s’apprête à poser, debout : « On se met où, pour la photo ? — Euh, non. Y a pas de photo. — Ah, bon. C’est pour quoi alors ? »
C’était il y a quatre ans, en janvier 2005. Le frère de Nicolas, président de l’Union des industries textiles (UIT), patron d’une entreprise moyenne, Tissages de Picardie, se portait candidat pour la direction du Mouvement des entreprises de France (Medef). Mais la rencontre avait un autre motif : « C’est pour discuter de votre société. » Ça l’embête, on devine.
Une moue : « Je n’aime pas communiquer sur l’entreprise lorsqu’on procède à des licenciements. » Et justement, il venait de renvoyer neuf salariés au printemps 2004, encore neuf à l’automne, neuf toujours — juste sous la barre qui requiert un plan social.

Parmi les licenciés, dans la Somme, dans sa petite maison de plain-pied, derrière son portail repeint en vert, M. Didier Lambert, 51 ans : « Déjà, en rentrant du service militaire, ils ne m’avaient pas repris à l’usine du Hamel. Les difficultés du textile commençaient. J’ai trouvé des petits emplois, deux ou trois mois, et puis je suis rentré chez Domis, dans la métallurgie textile. Au bout de trois années, ils ont comprimé le personnel, avec moi dans le lot. Après, je suis rentré à Intermarché, à Chaulnes, je déplaçais les palettes, mais ils ont délocalisé leur plate-forme dans le Nord, à Vimy. »

Cinq années durant, il alterne alors des contrats à durée déterminée (CDD) « chez Sarkozy », des périodes « sans rien ». Puis « chez Sarkozy, ils m’ont rappelé. Moi, viré trois fois, je n’avais plus envoyé de CV. Mais ils m’ont rembauché, et je nettoyais à l’intérieur depuis bientôt quatre ans. Alors, cette année, quand j’ai vu approcher les suppressions de postes, je savais que c’était pour moi. On prend celui qui a le moins d’ancienneté ». Cette « drôle de carrière », en pointillé, en résume mille autres — ou plutôt vingt-cinq mille autres, d’après Les Echos : « Ce secteur a perdu vingt-cinq mille emplois entre 2000 et 2005 (1) ». Soit le quart des effectifs. (more…)

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