Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

13 mars 2011

Un sommet de l’eurozone sous tension

Filed under: 09 - Evènement — iledere @ 6:30

20110311 Sommet EU 04-2 Minuit. Le Conseil des chefs d’Etat et de gouvernement de la zone euro est parti pour durer. Les agents des services de sécurité du Conseil viennent d’être prévenus: la réunion pourrait bien s’éterniser jusqu’à demain…

En effet, la Finlande entre en campagne électorale lundi et elle ne pourra alors plus s’engager sur une réforme du Fonds européen de stabilité financière (FESF), les « affaires courantes » ayant une signification très précise dans ce pays. En clair, les dix-sept viennent de prendre conscience qu’il faut absolument parvenir à un accord politique avant lundi. En outre, le nouveau gouvernement irlandais, qui a pourtant accepté le « Pacte pour l’euro« , fait de la résistance: il refuse de remonter son taux d’imposition sur les sociétés et de restructurer sa monstrueuse dette bancaire, mais exige quand même une baisse du taux d’intérêt sur les prêts accordés par le FESF. Nicolas Sarkozy et Angela Merkel n’apprécient évidemment pas. D’autant que les Portugais qui viennent d’annoncer, sur pression de leurs partenaires européens, de nouvelles mesures d’austérité, commencent à se demander s’ils ont bien fait de céder, vu l’attitude irlandaise…

En attendant d’autres informations, voici mon article paru dans Libération daté de vendredi.

Angela Merkel va-t-elle rallumer l’incendie qui a ravagé la zone euro en 2010 ? A Paris, on ne cache pas son inquiétude face à la valse-hésitation de la chancelière allemande, qui renâcle désormais à tout accroissement des moyens du Fonds européen de stabilisation financière (FESF). D’autant que les taux d’intérêt des obligations d’Etat portugaises, irlandaises ou grecques s’envolent. (more…)

3 janvier 2011

La crise n’est pas finie: 2011, année des défauts?

Filed under: 03 - Economie — iledere @ 9:19

C’est le débat qui monte depuis des semaines sur le front de la crise, enclenché par le périlleux «sauvetage» de la Grèce au printemps, ravivé par l’aide mal ficelée à l’Irlande, en novembre: de plus en plus d’économistes plaident pour un défaut des pays les plus endettés de la zone euro. Plutôt que de s’épuiser à rembourser coûte que coûte une dette chaque mois plus lourde, ces pays à bout de souffle feraient mieux, tout simplement, de s’avouer vaincus, et faire défaut.

A minima, il s’agirait de «restructurer» leur dette, pour reprendre le mot des experts, quitte à se fâcher avec certains de leurs créanciers – ceux qui leur ont prêté de l’argent. Avec une ambition louable: faire payer partie des pots cassés de la crise par les banques, plutôt que par les citoyens. Cette solution encore taboue (après tout, les pays «riches» n’ont jamais fait défaut depuis 1945) fait doucement son chemin.

Fin novembre, les dirigeants européens ont laissé entendre que le fonds de sauvetage européen, mis en place dans la précipitation en mai 2010, pourrait s’accompagner, à horizon 2013, d’une restructuration obligatoire de la dette des pays aidés. «Les citoyens européens auraient alors légitimement le sentiment ne de pas être les seuls à se sacrifier pour renflouer des spéculateurs puisqu’on demanderait aussi aux détenteurs de la dette de participer à l’effort de redressement», écrit Guillaume Duval, rédacteur en chef d’Alternatives Economiques. En somme: oui à une aide européenne, si les créanciers privés consentent, eux aussi, à y laisser des plumes.

Mais de quoi parle-t-on exactement? Il existe en fait des dizaines de façons de faire défaut, plus ou moins brutales. Pour «restructurer» sa dette, c’est-à-dire renégocier les conditions de son remboursement, on recense au moins trois pistes, qui peuvent se combiner:

  • Jouer sur les taux d’intérêt. Dublin pourrait, par exemple, tenter d’obtenir un taux de remboursement de son aide moins «raide», dans les mois à venir, que les 5,8% imposés in extremis par le FMI et Bruxelles fin novembre.
  • Jouer sur les délais de remboursement. C’est ce que l’on appelle le «rééchelonnement» de la dette: obtenir des mois, voire des années supplémentaires, pour rembourser une somme identique. Athènes plaide depuis fin novembre pour l’étalement de ses remboursements colossaux, avec l’accord du FMI et, dit-on, de l’Elysée.
  • Jouer sur le montant de la dette. C’est la piste la plus corsée, et encore taboue: le défaut partiel, qui consiste à renoncer à rembourser une partie de sa dette. (more…)

2 décembre 2010

FMI es-tu de gauche ? Es-tu de droite ?

Filed under: 03 - Economie — iledere @ 6:30

DSK prétend que son institution impulse des politiques de justice sociale et de progrès. Le plan d’austérité que le FMI a accepté en Irlande est franchement une régression sociale. DSK ment-il ou n’a-t-il pas le pouvoir qu’il prétend ?

Le 15 novembre sur France Inter, Dominique Strauss-Kahn laissait entendre que le Fonds monétaire international  pouvait impulser une politique de gauche. La formule était alambiquée, certes mais assez claire : « Le FMI (qui) n’ a plus grand chose à voir avec le FMI d’avant. Et peut-être faudra-t-il faire évoluer son nom », proclamait le directeur général de l’institution, qui prenait l’exemple de la Grèce pour preuve : « Quant il a fallu couper les dépenses durement. Et c’est toujours les plus démunis, les plus pauvres qui en souffrent dans ces cas la. Les nouveaux programmes du FMI, et je pense à la Grèce en particulier, ont été construit de telle manière qu’on revienne à l’équilibre mais que cela se fasse en protégeant les plus démunis, les plus vulnérable ».

Une semaine plus tard, tombe le plan Irlandais. Là encore le FMI a-t-il joué un rôle de modérateur dans la boucherie sociale ? Il le prétend en tous cas, puisque dans sa déclaration de dimanche 28 novembre, DSK, au nom du FMI, affirme que « le plan national de redressement (…) présente un dosage approprié de mesures liées aux recettes et aux dépenses et préserve le dispositif de protection sociale auquel l’Irlande est attachée ». Une déclaration commune avec le commissaire européen Olli Rehn affirme de son côté que « la mise en œuvre de ce plan (…) obéit à l’objectif d’une croissance stable et génératrice d’emplois ». L’emploi, la protection sociale préservés? Il est pas de gauche le plan irlandais ?

Pour comprendre ce que le plan d’austérité irlandais n’a pas de gauche, imaginons de le transposer en France. Imaginons que la dette de la France soit attaquée par les marchés, qu’elle obtienne un plan de sauvegarde du même type (il faudrait néanmoins y mettre plus de 600 milliards d’euros…) et que le Premier ministre, par exemple Dominique Strauss-Kahn juste nommé par la présidente Ségolène Royal monte à la tribune de l’Assemblée nationale et annonce un train de mesures ainsi constituées :   le SMIC passe de 1344 euros brut mensuel à 1210 euros. Le salaire de tous les nouveaux embauchés de la fonction publique est abaissé de 10% , 200000 emplois publics seront  supprimés, le fonds de réserve de retraite (30 milliards d’euros) ponctionné pour fournir des fonds propres à la BNP-Paribas, à la Société générale ou aux Caisses d’épargne, les indemnités de chômage sont abaissées, ainsi que les allocations familiales, une taxe est appliquée sur la consommation d’eau…. (more…)

1 octobre 2010

Moody’s retire sa note maximale « Aaa » à l’Espagne

Filed under: 03 - Economie — iledere @ 12:00

La note de l’Espagne, qui était sous examen pour un possible abaissement depuis le 30 juin, a été abaissée d’un cran.

L’agence de notation Moody’s Investors Service a retiré jeudi sa note maximale « Aaa » à l’Espagne, en raison de la « détérioration considérable de la solidité financière du gouvernement » du pays.

La note de l’Espagne, qui était sous examen pour un possible abaissement depuis le 30 juin, a été abaissée d’un cran, à « Aa1 », selon un communiqué.

Elle est assortie d’une perspective stable, qui implique que Moody’s n’envisage pas de procéder à un nouvel abaissement à court ou moyen terme. La note de la dette court terme « Prime-1 » a simultanément été confirmée.

Dans son texte, Moody’s met en avant « les faibles perspectives de croissance du pays« , par rapport à ceux des autres pays notés « Aaa ». « La processus de rééquilibrage de l’économie« , qui doit la rendre moins dépendante du secteur de la construction, « devrait prendre plusieurs années« , note-t-elle.

L’agence s’inquiète aussi de la dépendance accrue du pays envers les marchés, alors que ceux-ci pourraient connaître de nouvelles phases d’instabilité.

La note « Aa1 » est la deuxième meilleure possible dans une classification qui comprend 21 catégories. Elle est appliquée à des emprunteurs très solides présentant que de très faibles possibilité de non-remboursement.

Moody’s n’exclut pas de revoir à la baisse la perspective d’évolution de la dette espagnole. Cela pourrait intervenir si si le gouvernement du pays se montrait moins déterminé à mener à bien sa réforme des retraites et la réduction du déficit budgétaire. Autres dangers soulignés par Moody’s: l’Etat central pourrait ne pas parvenir à contrôler les dépenses des régions, le marché de la dette se dégraderait et la croissance du pays s’établirait au-dessous du niveau (déjà faible) anticipé par l’agence.

AFP

1 septembre 2010

LES IRLANDAIS VONT-ILS MONTRER LE CHEMIN ?

Filed under: 03 - Economie — iledere @ 7:46

Les Etats-Unis sont sans autre perspective que d’assister à l’affaiblissement de leur croissance, ce qui menace de les engager dans une claire récession ; le Japon est une fois de plus aux prises avec son vieux démon de la déflation, lançant sans conviction un énième plan pour en sortir ; quant à l’Europe, dont le sort semblait s’améliorer, elle va à nouveau faire parler d’elle.

Plus précisément, c’est l’Irlande qui devrait en être l’occasion immédiate, la crise grecque destinée à mûrir plus lentement, et l’espagnole restant toujours sur le fil du rasoir. Le cas irlandais – déjà remarqué en raison de l’ampleur de la récession qu’a connu le pays et de la rigueur du plan d’austérité qui y a été engagé – est en effet à lui tout seul un résumé exemplaire des contradictions dans lesquelles se trouve la zone euro. Comme une mise à nu des mécanismes de contagion entre dette privée et publique qui dominent la scène européenne et ne sont pas prêts d’être résolus.

D’ici à la fin septembre, les importants besoins de refinancement des banques irlandaises vont être le détonateur d’un nouvel épisode de la crise de la dette, dévoilant un cercle vicieux bien enclenché. D’un côté l’agence S&P diminue la note de l’Irlande, abaissée à AA-, en raison du poids que représentent les garanties que l’Etat a accordées au système bancaire, de l’autre ce dernier cherche à en obtenir le renouvellement, afin de ne pas se présenter seul sur le marché et supporter des taux qui augmentent avec ceux des obligations souveraines, en raison de l’abaissement de la note. Le cercle est bouclé.

Les garanties publiques actuellement en vigueur ne devraient plus être disponibles à la fin du mois de décembre prochain, et les échéances de refinancement des principales banques irlandaises vont intervenir dès ce mois de septembre. Un test attendu et redouté pour la suite des événements. Comment les banques irlandaises vont-elles se présenter sur les marchés et quel accueil vont-elles y recevoir ? Quels montant vont-elles essayer d’y lever et à quelle maturité  ? Quels taux vont-elles devoir consentir  ? Toutes questions auxquelles les prochaines réponses augureront des difficultés qu’elles doivent se préparer à affronter dans un futur qui n’est pas lointain. Et qu’elles voudraient continuer d’esquiver.

Le gouvernement irlandais cherche – et le dit clairement – à se dégager de ce poids financier qui n’est pas dans ses moyens et entraîne le pays dans une spirale descendante. Les banques veulent le contraire et le font savoir. La banque centrale irlandaise joue au go between et suggère un renouvellement trimestriel du plan de garantie, car l’effondrement des banques n’est pas non plus dans les moyens de l’Etat. Le décor du prochain acte est planté. (more…)

10 juillet 2010

Crise : pourquoi il y aura d’autres Grèce

Filed under: 03 - Economie — iledere @ 12:00

Paul Jorion répond aux question d’Hélène Ceresole du quotidien grec Avghi. Interrogé sur sa tribune « Des Grèce par dizaines »publiée dans Le Monde, l’économiste réaffirme que de nouvelles crises sont inéluctables et invite à penser un changement de civilisation.

En février, j’avais accordé un entretien à Hélène Ceresole du quotidien grec Avghi. Elle me pose à nouveau quelques questions, cette fois à propos de ma récente chronique dans Le Monde : « Des Grèce par dizaines ». Voici mes réponses.

1. A vous lire, on a l’impression qu’une nouvelle chute est inéluctable. Mais est-ce vraiment le cas ?
Pourquoi ne pas faire confiance aux dires de Trichet, par exemple ou de Dominique Strauss Kahn, quand ils disent qu’il ne va pas y avoir de crise nouvelle ?
Dans le contexte actuel, Mrs. Trichet et Strauss Kahn doivent rendre confiance aux marchés. Ils doivent donc afficher l’optimisme. Mais cet optimisme est justifié ou non. Il est donc impossible de savoir s’ils disent la vérité. Voilà pourquoi on ne peut pas faire confiance aux dires de Mrs. Trichet et Strauss Kahn. On peut au contraire se tourner vers des personnes dignes de confiance mais dont la fonction ne les oblige pas d’être des optimistes systématiques : Martin Wolf, éditorialiste du Financial Times, Mrs. Stiglitz et Krugman, Prix Nobel d’Economie, Simon Johnson, ancien économiste en chef du FMI, Nouriel Roubini, etc. Ils disent tous, comme moi-même, qu’une nouvelle chute est inévitable.

2. Selon vous quelle est la marge de manœuvre pour Athènes face à une crise qui s’aggrave de jour en jour ?
Après bien des hésitations et des marchandages, l’Europe de la zone euro a affirmé sa solidarité avec la Grèce, à condition bien sûr que le plan d’austérité de Mr. Papandréou soit appliqué – plan d’austérité extraordinaire dans tous les sens du terme. L’argent pour aider la Grèce est donc là en principe. Mais si les 750 milliards d’euros mis en réserve devaient être ponctionnés de manière significative pour venir en aide à l’Espagne, et plus particulièrement à ses banques commerciales, la donne serait modifiée. La perspective pour la Grèce de devoir à terme restructurer sa dette dépend donc aujourd’hui essentiellement de la bonne santé du secteur bancaire privé espagnol.

3. Lorsque vous dites qu’il nous faut un changement de civilisation, qu’est-ce que vous entendez par là ?
Je dis dans la chronique du Monde : « Repenser la manière dont se redistribuent les revenus entre un capital à haut rendement et un travail faiblement rémunéré ». Mettre en œuvre ce qu’on aura repensé, cela implique un changement de civilisation.

4. « Des Grèce par dizaines » : est-ce que vous pensez que le cas de la Grèce « se prêtait » à ce que la crise, qui n’avait jamais disparu, comme vous le faites remarquer, reprenne de plus belle en Europe ? Et si ce n’était la Grèce, ce serait, par exemple, le Portugal ou l’Espagne.
Les banques ont entraîné dans leur chute les États. Les plus affaiblis d’entre eux quant à leur dette publique se sont retrouvés les plus exposés. À l’époque de leur entrée dans la zone euro, certains pays ont masqué le niveau de leur dette publique pour satisfaire aux conditions d’entrée. Avec, comme on l’a redécouvert récemment, la complicité enthousiaste de Wall Street et de quelques avatars de Wall Street en Europe comme Deutsche Bank. Au niveau européen, on a fermé les yeux : on a touché du bois. Toucher du bois, c’est de la superstition. Malheureusement, la superstition, ça ne marche pas. (more…)

12 mai 2010

Crisis ? What crisis…

Filed under: 01 - Etudes et analyses,02 - Education — iledere @ 6:30

Quelles issues face à la crise ? En quatre volets, Frédéric Lordon, économiste et blogueur pour La pompe à phynance nous donne sa vision de la monnaie unique et de son devenir face à la crise. Cet article a été publié par le Monde Diplomatique paru le vendredi 7 mai.

Crise, la croisée des chemins

Il y aurait matière à faire un sort à tous les ahuris qui depuis l’été 2007 ne loupent pas une occasion de se féliciter que « le pire est derrière nous le plus dur est passé la crise est terminée ». On rappellera qu’ils n’en sont jamais qu’à leur troisième tour de piste (automne 2007, printemps 2008, fin 2009) et que, vaillants comme on les connaît, on peut être tout à fait certains, le point chaud grec viendrait-il à relaxer, qu’ils ne nous décevraient pas pour une petite quatrième. Stupéfiante comme elle devient, la situation ne laisse cependant pas trop le loisir de s’appesantir sur ce genre de chose – et puis le compte-rendu de la cécité réjouie est devenu une entreprise sans espoir.

Stupéfiante, la situation l’est sans l’être tout à fait. Car la mutation de la crise de finances privées en crises de finances publiques, et leurs métamorphoses subséquentes en crises monétaires et en crises politiques étaient prévisibles dès la fin 2007. Comme toujours, pourtant, le passage de l’idéel au réel a des effets propres qui ont le don de nous cueillir. Et l’on a beau savoir de longue date que quelque part nous attend une heure de vérité, le jour de sa manifestation n’est pas tout à fait comme les autres.

Pour l’euro, c’est maintenant. Ou plus tard. On dira que c’est bien là une prévision d’économiste (du genre qu’on aime à promener sur rail avec goudron et plumes). Pourtant lorsque l’on aura admis que ladite « science économique » n’est pas capable d’en dire beaucoup plus en les matières présentes, on sera peut-être un peu plus au clair quant à sa scientificité véritable et à ce qu’il est raisonnable d’attendre d’elle – souvent beaucoup moins que ce que prétendent les « économistes ». En l’espèce, elle peut dire – parler d’« elle » est d’ailleurs un abus de langage car « elle » est rien moins qu’unifiée – l’entrée dans le voisinage des points critiques, mais pas le moment précis de leur franchissement ; et il y a des raisons très profondes à cette incapacité (voir infra).

Pour l’heure, le caractère délirant de la situation a au moins le mérite de fouetter les sangs et d’alimenter quelques saines colères. Ce qui n’interdit pas d’essayer d’y adjoindre un peu d’analyse, mais avec l’idée de taper les clous un peu brutalement tout de même.

Remettre la situation au clair
L’habileté de la finance privée, il est vrai bien servie par le barnum des éditorialistes et de leurs experts toujours bien accrochés, consiste à faire oublier qu’au commencement était non pas le verbe mais le foutoir spéculatif. Il n’y a pas d’intelligence politique possible de la situation présente sans remonter à son fait générateur et redéployer méthodiquement les enchaînements qui s’en sont suivis, ce qui donne à peu près ceci :

1. Avant le choc financier déclenché en 2007, il n’y a pas de problèmes de dettes publiques en Europe. Il n’y en a fucking pas !

2. Tous les ralentissements/récessions des deux dernières décennies ont pour origine des chocs financiers antécédents transmis à l’économie réelle par le canal du crédit (récession d’après krach immobilier au début des années 1990, récessions dans les pays d’Asie du Sud-Est post crise internationale de 1997-1998) ou par celui de l’effet richesse (krach Internet).

3. La crise financière dite des « subprime » est d’une ampleur inédite. Elle a frappé directement les banques, elle était par conséquent vouée à produire des effets récessifs de première grandeur.

4. Laisser se creuser les déficits publics est un impératif conjoncturel dans ce genre de situation récessioniste. Le déficit est d’autant plus grand que la récession est violente, celle-ci l’étant dans les mêmes proportions que le choc financier qui l’a déclenchée. Mais c’est ainsi. (more…)

9 mai 2010

La crise grecque menace de devenir systémique

Filed under: 01 - Etudes et analyses,03 - Economie — iledere @ 6:30

C’est une vague de peur qui enfle, et que rien ne semble pouvoir endiguer. La Banque centrale européenne, dernière voix autorisée pour la zone euro, n’a pas réussi à calmer les appréhensions: en refusant, jeudi 6 mai, de passer outre l’interdiction qui lui est faite par traité et de «monétiser» la dette grecque, c’est-à-dire d’acheter directement la dette publique grecque, elle s’est privée de la seule arme susceptible de calmer la spéculation, aux yeux de nombreux experts y compris de banquiers. Car le plan de sauvegarde de la Grèce, adopté par l’Union européenne et le FMI, n’a pas convaincu. De plus en plus de voix s’élèvent pour dire même qu’il est mort-né, avant même que les pays de la zone euro, réunis vendredi 7 mai, ne l’ait approuvé.

Dès lors, la crainte de voir la Grèce faire défaut est de plus en plus palpable. Sa dette est devenue un subprime:  tout le monde cherche à s’en débarrasser. Vendredi, le rendement des obligations à 10 ans atteignait 12,28%, un nouveau record, tandis que la prime d’assurance – les fameux CDS – pour se couvrir des risques de faillite cotait 1.000 points de base, 100%! Un niveau qui est considéré comme un indicateur que le pays va faire défaut. Dans son sillage, la Grèce entraînait le Portugal – ses obligations à dix ans sont à plus de 6,18% –, l’Espagne et l’Italie.

Les banques, premières détentrices d’obligations d’Etats, se retrouvent en première ligne. Jeudi, l’agence de notation Moody’s a insisté sur les risques d’une contagion des risques souverains aux systèmes bancaires. Selon l’agence, un tel risque pourrait se propager au Portugal, à l’Espagne, l’Irlande, l’Italie et le Royaume-Uni. Partie de la Grèce, cette crise mal gérée par l’Union européenne est devenue une crise de l’euro et des dettes souveraines et pourrait se transformer en une nouvelle crise systémique du système bancaire et financier, la deuxième en deux ans et demi.

Commençant à prendre la mesure de la situation, les dirigeants s’inquiètent. Une réunion par téléphone du G7 a été annoncée ce vendredi après-midi, afin de faire le point sur la panique financière. En marge de cette rencontre imprévue, les pays de la zone euro se retrouvent à Bruxelles pour donner l’impression d’un front commun sur la Grèce. Mais tout cela risque une nouvelle fois d’être trop peu, trop tard. «Nous ne voyons pas pourquoi les marchés vont se calmer en l’absence d’action décisive des autorités qui jusqu’à présent ont raté l’occasion de convaincre les investisseurs qu’ils étaient capables de battre la crise européenne des dettes souveraines», écrivait vendredi matin, dans une note citée par Bloomberg, Markus Ernst, analyste chez Uni Credit.

Face à des marchés électrisés, encore plus depuis la panique encore partiellement inexpliquée jeudi à Wall Street, la parole convenue des gouvernants n’a plus de prise. C’est le run, la fuite éperdue loin des marchés obligataires mais aussi des marchés d’action et de l’euro. Après une semaine d’effondrement, la séance de vendredi a tourné à l’apocalypse. Le Cac 40 a perdu jusqu’à 5,16% pour terminer à 4,60%. C’est le marché européen qui a été le plus touché. Les établissements bancaires ont été le plus sanctionnés: la Société générale a perdu 8%, le Crédit agricole 7,20%, BNPParibas 5,68%. (more…)

5 mai 2010

La BCE s’affranchit des agences de notation

Filed under: 03 - Economie — iledere @ 6:30

Jc-trichet-2.1193563359C’était prévisible, c’est fait. Ce matin, la Banque centrale européenne a décidé de ne plus tenir compte de la note de la dette souveraine grecque afin de s’émanciper de la tutelle des agences de notation.
En effet, Standard&Poor’s avait dégradé de trois crans la dette grecque le 27 avril dernier, de BBB+ à BB+, la reléguant au rang des investissements spéculatifs, les obligations pourries (junks bonds). En apparence technique, cette décision aurait pu avoir un effet catastrophique pour Athènes, la BCE ne prêtant de l’argent aux banques commerciales qu’en échange d’actifs notés au minimum BBB-. Autrement dit, la dette grecque était en passe de ne plus être éligible comme « collatéral » si les autres agences de notation suivaient S&P. Cela aurait eu pour effet de pousser toutes les banques à se débarrasser des titres grecs et, en tout cas, à ne plus les acquérir, ceux-ci devenant inutiles… Un beau cercle vicieux.

Cela posait un véritable problème à la BCE, puisqu’il apparaissait que les agences de notation avaient clairement le pouvoir de l’obliger à refuser la dette souveraine d’un État membre de la zone euro, alors même qu’elle affirme que la cessation de paiement n’est pas une option sérieuse et que le plan d’austérité de la Grèce est crédible. Bref, la BCE n’avait guère d’autre choix, comme je l’ai annoncé sur ce blog, que de s’affranchir du jugement des agences de notation. Logiquement, ce matin, la BCE a donc « décidé de suspendre l’application, dans le cas des titres de créance négociables émis ou garantis par l’État grec, du seuil minimum de notation du crédit requis pour l’éligibilité des actifs admis en garantie des opérations de crédit de l’Eurosystème. Cette suspension restera en vigueur jusqu’à nouvel avis ».

Francfort donne la clef de son raisonnement : « le gouvernement grec a approuvé un programme d’ajustement économique et financier, qui a été négocié avec la Commission européenne, en liaison avec la BCE, et avec le Fonds monétaire international. Le Conseil des gouverneurs a évalué ce programme et le juge approprié. Cette évaluation positive et l’engagement fort du gouvernement grec d’appliquer intégralement le programme justifient, également du point de vue de la gestion des risques, la suspension annoncée par le présent communiqué. Cette suspension s’applique à tous les titres de créance, existants ou nouveaux, émis ou garantis par l’État grec”. Autrement dit, le jugement de la BCE est supérieur à celui des agences de notation.

La logique voudrait que la BCE aille plus loin et accepte en collatéral en toutes circonstances la dette souveraine des États de la zone euro. En effet, ces derniers font partie d’un système, garanti par l’Eurogroupe, la Commission et la BCE qui est censée éviter qu’une dette soit renvoyée au rang de “junk bond ». Si tel n’est pas le cas, il revient à la BCE seule de décider quel type de papier elle prend en collatéral sans se préoccuper du jugement des agences de notation qui n’ont pas sa connaissance intime de l’état des finances publiques des membres de la zone euro. Il est donc regrettable que la BCE n’ait pas été plus loin: sa décision est en effet temporaire et est limitée à la seule dette grecque. Mais c’est déjà un premier pas.

Le rôle de pompiers pyromanes joué par les agences de notation a aussi convaincu les Européens de créer une agence européenne: Jean-Claude Trichet, le patron de la BCE, Angela Merkel, la chancelière allemande, et Michel Barnier, le commissaire au marché intérieur, viennent de prendre position en ce sens.

Par Jean Quatremer pour « Les coulisses de Bruxelles UE« 

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