Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

28 novembre 2010

Dans la jungle du patronat français

Filed under: 06 - Travail-Entreprises — iledere @ 6:30

Il fut un temps où, presque chaque mois, paraissait un livre consacré à la classe ouvrière. Le patronat lui a désormais ravi cette place de choix au panthéon des sciences sociales. Corollaire d’un retournement politique bien réel, ce basculement laisse cependant subsister davantage de travaux analytiques qu’on ne pourrait le craindre.

Les discours de célébration n’ont certes pas disparu, et certains journalistes ont l’éloge facile. Surtout quand ils ont été rédacteurs à La Revue des entreprises, le magazine du Mouvement des entreprises de France (Medef). Dans un livre publié deux ans avant la réélection de Mme Laurence Parisot à la tête de l’organisation faîtière, Fanny Guinochet dépeint ainsi la « dame de fer » du patronat français comme une « femme en guerre », « justicière », « conquérante », tout à la fois « patronne », « fonceuse » et « héritière » (1). Rien de désobligeant dans ce dernier qualificatif. Car « être fille de patron, c’est pas si facile ». On a connu plus irrévérencieux. En ce domaine, un groupe de journalistes, venus de médias de gauche ou indépendants, s’illustrent par une Histoire secrète du patronat de 1945 à nos jours (2). Prolongeant la tradition lancée par Augustin Hamon dans l’entre-deux-guerres (Les Maîtres de la France, trois volumes, 1936-1938), ils croquent avec force détails les manigances du grand capital. Une mine d’informations, parfois invérifiables, où se mêlent portraits au vitriol, anecdotes croustillantes et analyses de grandes affaires.

Hagiographie et révélations ne constituent pas les horizons indépassables des écrits sur le patronat. De nombreux chemins de traverse existent. Premier d’entre eux : la monographie couvrant une période longue. C’est ainsi que l’historienne Danièle Fraboulet restitue, dans Quand les patrons s’organisent, l’histoire de l’Union des industries métallurgiques et minières (UIMM) entre 1901 et 1950  (3). Peu connue des non-spécialistes jusqu’à un scandale récent, l’UIMM a largement façonné la « politique du patronat » au XXe siècle. Expliquer son fonctionnement, son recrutement et les stratégies poursuivies par ses responsables conduit ainsi à rappeler pourquoi la métallurgie, au sens large du terme, a longtemps dominé l’économie nationale avant de décliner au profit des services, qui assurent désormais la direction du mouvement patronal. (more…)

8 octobre 2010

Niches fiscales: le Medef défend ses avantages acquis, 173 milliards

Filed under: 06 - Travail-Entreprises — iledere @ 6:30

Photo MedefLe conseil des prélèvements obligatoires a levé le voile sur les dérogations à l’impôt et aux cotisations sociales dont bénéficient les entreprises. La somme est considérable. Ces niches favorisent souvent des comportements dommageables pour la société.

Le rapport du conseil des prélèvements obligatoires (CPO ), organisme indépendant placé sous l’égide de la Cour des comptes, a recensé les dispositifs dérogatoires de toutes sortes dont peuvent bénéficier les entreprises en France. Il dénombre pas moins de 293 « dépenses fiscales », représentant 35 milliards d’euros, soit près de la moitié du coût des « niches fiscales » officielles (74,8 milliards). Il faut ajouter les niches fiscales « déclassées », c’est-à-dire considérée comme une modalité normale de l’impôt, depuis 2006, dont « le poids » s’élève à 71,3 milliards. Il faut aussi compter avec les niches « sociales », en fait des réductions de cotisations sociales (dont celles des médias…). Elles pèsent 66 milliards d’euros. Au total, on parvient à un chiffre proche…du déficit public !

Certes, mais les syndicalistes font remarquer que les « exo  de charges » sont une véritable trappe à bas salaires qui maintiennent la France entière dans une politique de basse qualification, alors que nos concurrents performants (Allemagne, pays nordiques) ont fait le choix inverse, avec une certaine réussite.
Faut-il subventionner les grands groupes français par un régime « mère-fille » extrêmement favorable, plus favorable là encore que chez nos voisins ? En France, un groupe peut sortir de son bénéfice imposable les produits de participation (les dividendes) de ses filiales, s’il possède plus de 5% de leur capital. Autant dire…presque toutes. Renault, PSA, L’Oréal, BNP-Paribas etc… peuvent dire merci, puisque dans d’autres pays, il a faut au moins posséder à 10% à 15%  du capital. Le coût note le CPO « est exponentiel » : 1 milliard d’euros en 1990, 27,3 milliards en 2008 et… 34,9 milliards en 2009 !

En fait les grands groupes échangent désormais d’abord des flux financiers. Et le système « mère-fille » leur permet d’éviter l’impôt. 
 Quelles conséquences aura le rapport du CPO ? Sans doute peu, car les niches fiscales des entreprises sont défendues  mordicus par le Medef. Et Laurence Parisot est bien décidée à  conserver chaque avantage acquis. Son slogan c’est « la compétitivité équitable », au nom de quoi elle demande encore  plus d’avantages fiscaux, alors que la droite vient de réduire de 7 milliards d’un coup les taxes sur les entreprises, par la réforme de la TP ! En l’occurrence, les syndicats de fonctionnaires sont bien flexibles, comparés au patronat qui est totalement conservateur. Le Conseil ne préconise d’ailleurs pas de réduire à néant ces niches, ce qui entraînerait de forts bouleversements dans l’économie, mais il suggère néanmoins des solutions simples permettant de réaliser de 15 à 29 milliards d’euros d’économies. Le gouvernement, dans la loi de finances 2011 prend partiellement  le chemin, par exemple en réduisant un peu les « exo de charges ». Mais  on peut parier que, sauf surprise, on arrivera péniblement au bas de la fourchette.

Par Hervé Nathan pour « Antibobards »

26 juin 2010

Parisot ne fait pas appel de sa condamnation aux prud’hommes

Filed under: 06 - Travail-Entreprises — iledere @ 12:00

Laurence Parisot aurait-elle toute sa tête occupée à penser à son immanquable reconduction aux commandes du Medef ? Pourtant, faute d’autre candidature, le trône du mouvement patronal lui est acquis. Alors, quand le Medef laisse passer la date butoir du 11 juin pour faire appel de sa condamnation face à Jacques Creyssel, ex-directeur général du syndicat patronnal, peut-on considérer ça comme un oubli?
En réalité, selon nos informations, Laurence Parisot aurait préféré se contenter de ce jugement assez défavorable plutôt que se risquer à interjeter appel à seulement quelques jours du Congrès du mouvement patronal.
En mars dernier, les prud’hommes avaient reconnu que le licenciement de Jacques Creyssel était « sans cause réelle et sérieuse », permettant à l’ex-directeur général du Medef d’obtenir la coquette somme de 736 438 euros, soit davantage que ce que coûte au Medef la baisse des cotisations obtenue par ses adhérents en 2010.
Licencié en juillet 2008 pour «fautes graves», Jacques Creyssel se voyait reprocher par la présidente du Medef, de l’avoir laissée dans l’ignorance de certains errements de la gestion du 1% Logement, gestion à laquelle le Medef est associé. Au centre de la dispute entre les deux poids lourds de l’organisation patronale : le financement de l’association Entreprise et logement (AEL). L’ex-délégué général soutenait que sa patronne était «parfaitement au courant» du financement d’AEL par le Medef dès l’automne 2007.

Emmanuel Lévy pour Marianne2.fr

16 janvier 2010

Paniquée, Parisot fait fouiller les ordinateurs du Medef!

Filed under: 06 - Travail-Entreprises — iledere @ 12:00

De plus en plus critiquée en interne et à l’Elysée, Laurence Parisot, présidente du Medef, a dû subir la démission du directeur général de l’organisation patronale. Elle a fait perquisitionner les ordinateurs de ses permanents pour identifier ceux qui avaient reçu un petit mot d’au revoir du démissionnaire.

« La vie est précaire, l’amour est précaire, pourquoi le travail ne serait pas précaire ? » Laurence Parisot, la patronne du Medef aurait-elle oublié sa formule résumant sa vision libérale « très nature » des relations de travail, dès lors que c’est elle que l’on quitte ? Sans doute, au regard de la violence de sa réaction face à la démission spontanée de Jean-Charles Simon, son directeur général.

Sa gestion catastrophique de la défection de cet apparatchik, apprécié du milieu patronal et gouvernemental, est la goutte qui a fait déborder le vase des aigreurs accumulées vis-à-vis de Laurence Parisot de la patronne du MEDEF. Car les déboires se succèdent à 5 mois des élections au Medef qui la verra candidate à sa propre succession.

Après l’Ania, la fédération de l’agroalimentaire qui a claqué la porte du Medef, les critiques pleuvent. Tant du côté des organisations syndicales -« On parle de la faiblesse des syndicats, mais je constate surtout celle du patronat »- assenait récemment François Chéreque (CFDT), que du milieu patronal.

« S’il y avait un dixième du talent du l‘état major de la CGT au Medef, les choses iraient mieux » dénonçait ainsi Alain Minc. Idem à l’Elysée, qui a sans doute inspiré le président d’AMC Conseil. Raymond Soubie, le conseiller social de Nicolas Sarkozy, a peu goûté la désinvolture du Medef sur la représentation syndicale dans les TPE. Repoussant la réunion de conclusion de ce dossier, Laurence Parisot a annoncé son absence seulement trois jours avant la date finalement fixée.

Réélection difficile ?
Résultat, alors que les soutiens se font cruellement rares pour Laurence Parisot, ceux, par nature plus discrets affluent auprès de Jean-Charles Simon. Ministres, grands patrons et même nombre de représentants du comité exécutif du Medef se seraient manifestés, jusqu’au sein même de l’organisation. (more…)

12 janvier 2010

Parisot, Besson, quand Sarkozy fait le ménage

Filed under: 20 - UMP — iledere @ 6:10

Parisot, Besson, quand Sarkozy fait le ménagePauvre Laurence Parisot. Elle rêvait de copiner avec Nicolas Sarkozy et il vient de la condamner à mort. Comme les empereurs romains il a baissé le pouce, expliqué à ses courtisans, affidés et seconds couteaux que la patronne du MEDEF, soudain chargée de tous les pêchés d’Israël, devrait être débarquée à la première occasion et aussitôt les chiens politico-patrono-médiatiques se sont rués sur la bête blessée.

C’est naturellement Alain Minc, sur ordre de son supérieur, qui a sonné l’hallali. Comment ? En opposant vicieusement (Sarkozy lui en a lui-même soufflé l’idée) le bon interlocuteur syndical que serait Bernard Thibault, leader de la CGT, à la déplorable dirigeante patronale qu’est sensée être Laurence Parisot ou encore en faisant l’éloge des « chefs d’entreprise » tout en critiquant le « patronat », idée reprise auprès des responsables UMP par le Président de la République. La raison de cette ire présidentielle ?
La chouchoute médiatique d’hier (ce qui déjà en soi était mal vu de l’Elysée) se serait révélée « parano – à moitié folle, précise-t-on même parfois – égocentrique et à la recherche continuelle de coups médiatiques » autrement dit son principal crime serait de se comporter…comme Sarkozy.
Et encore ? elle n’a pas soutenu avec autant d’énergie qu’elle aurait dû la suppression de la taxe professionnelle, « peu fiable » elle a taclé à plusieurs reprises des mesures gouvernementales « pour le plaisir de faire parler d’elle », elle a cherché à « se donner le beau rôle » en dénonçant à plusieurs reprises les rémunérations pharamineuses de certains grands patrons.
Mais, surtout, l’aile la plus conservatrice et la plus néo-libérale du patronat – celle qui était justement la plus proche de Nicolas Sarkozy – rameutée et excitée par Denis Kessler et son clan, renforcés par les ex-« pestiférés » de L’UILM, a systématiquement sapé sa position auprès du chef de l’Etat : avec ce refrain méprisant reprit en boucle « pendant qu’elle s’amuse à philosopher sur les questions de société pour complaire aux médias qui défend les intérêts patronaux ? ».
Adieu donc Laurence Parisot ! Mais ça promet : ne vient-on pas de promouvoir encore un peu plus l’ineffable baron Selliére dans l’ordre de la légion d’honneur ? (more…)

5 janvier 2010

No limit…

Après la « rupture conventionnelle », le MEDEF souhaite : La « mobilité professionnelle » sans retour !
Au MEDEF, à défaut d’avoir des idées pour embaucher, on n’en manque pas pour alléger les effectifs !

Le patronat a déjà obtenu la fameuse rupture conventionnelle, qui permet à un employeur et un salarié de se séparer d’un commun accord. Rupture décrite sur le site du Ministère du travail

« Dans les conditions fixées par les articles L. 1237-11 à L. 1237-16 du Code du travail, issus de la loi n° 2008-596 du 25 juin 2008 « portant modernisation du marché du travail » (JO du 26 juin), l’employeur et le salarié peuvent convenir d’un commun accord des conditions de la rupture du contrat de travail qui les lie.

Cette rupture conventionnelle du contrat de travail obéit à une procédure spécifique : entretien(s) entre les deux parties, homologation de la convention… Elle est entourée d’un certain nombre de garanties pour le salarié et lui ouvre droit, dans les conditions de droit commun (activité préalable suffisante, recherche active d’emploi…), au bénéfice de l’allocation d’assurance chômage »

Mais, cela ne semblait pas suffire au MEDEF qui vient de proposer aux syndicats de modifier, encore une fois, la législation du travail pour permettre à un salarié de quitter son employeur d’un «commun accord» pour aller voir ailleurs, avec la «possibilité» de revenir si l’essai n’est pas concluant.

Oui, mais cette fois-ci, le patronat propose un nouveau mode de rupture « spécifique » du contrat de travail !

Ce que le Medef propose d’instituer à titre expérimental, sur une période de deux ans, c’est :
« un droit conventionnel prenant la forme d’un accord de mobilité professionnelle individuelle sécurisée » ouvert aux salariés avec deux ans d’ancienneté. En cas d’échec, le salarié aurait la possibilité de retrouver dans l’entreprise son ancien emploi ou un emploi équivalent dans les six mois suivant la rupture de son contrat, voire davantage si la période d’essai du nouveau poste, renouvellement compris, excède six mois. Le contrat serait rompu d’un « commun accord des parties… / …  »

ça c’est pour la théorie, mais qu’en sera t-il dans les faits ? (more…)

3 septembre 2009

Les facéties du Sapeur Parisot

Filed under: 12 - Brèves — iledere @ 17:30

« Si l’émission de CO2 a un coût social, si elle représente une nuisance pour l’être humain, il est normal qu’elle soit taxée« , a déclaré la présidente du Mouvement des entreprises de France (MEDEF) dans un entretien au journal « Le Monde » daté de jeudi.
Si une entreprise est une grosse pollueuse, il est donc logique qu’elle paye une taxe carbone… Parisot ne nous avait pas habitué à ce genre de discours ! Voici donc qu’elle accepte le principe « pollueur-payeur ».

Que nenni ! Car voyez la suite :  pour elle « ce nouveau prélèvement doit se faire à fiscalité constante pour les entreprises, sans que la réforme de la TP (taxe professionnelle) n’interfère« .
« De même qu’il est prévu un chèque vert pour les ménages« , a-t-elle ajouté, « il doit y avoir pour les entreprises un équivalent de chèque vert »

Sacrée Nunuche : d’un coté on taxe les entreprises parce qu’elles polluent et de l’autre on leur donne un « chèque vert » pour compenser.
Ca me rappelle l’histoire du sapeur Camenber qui creusait un trou pour enfouir la terre issue de son premier trou…
Le pire c’est que les chef d’entreprises applaudissent sans qu’aucun ne lui dise d’éviter de prendre les contribuables pour des imbéciles. Au moins, pire encore, qu’ils y croient vraiment !!!

Alain Renaldini

Note pour mes plus jeunes lecteurs :
Le sapeur Camember est le héros d’une des premières bandes dessinées françaises due à Christophe (1856 – 1945) : « Les facéties du sapeur Camember ».
Camember est un personnage de soldat illettré et un peu simplet dont les agissements sont souvent absurdes. Né le 29 février 1844 dans le village imaginaire de Gleux-lès-Lure (Saône Supérieure), il ne peut fêter son anniversaire que tous les quatre ans, et se trouve donc (après une enfance tapageuse) mobilisé dès sa cinquième bougie… Il est affecté comme sapeur, c’est-à-dire soldat du génie militaire, ce qui est déjà une pointe d’ironie eu égard à sa faiblesse d’esprit.
Il existe une « Confrérie du Sapeur » créée en 2004 dont la première devise est l’autodérision. pas sûr que Parisot en soit membre…

13 mai 2009

Chômage : La « séparabilité » du MEDEF affiche son bilan … catastrophique

Le blog de l'île de RéLa crise économique est dure pour les salariés et même si Jean-Claude Trichet et l’inénarrable Jacques Marseille nous informent que la crise est derrière nous et que : « les trimestres suivants seront moins mauvais« .

De son côté, Jacques Carles président d’un cabinet en stratégie et prospective déclare dans Le Parisien :

« … / … Pour les banques, on voit apparaître des résultats positifs. Aux Etats Unis, Goldman Sachs veut déjà rembourser ses dettes auprès de l’Etat Fédéral pour pouvoir être libre de ses mouvements. Au niveau boursier, les cours se sont raffermis … / … le jour où ça va redémarrer, certains auront fait beaucoup d’argent  » pour finir par : « En revanche les chômeurs qui sont entrés dans la précarité auront plus de mal à rebondir … / … Même avec une reprise, il y aura ce que j’appelle le « legs de la crise » Il faudra donc des mesures sociales fortes »

En clair, si on a une vague idée des gagnants, on connaît déjà les perdants !

En termes de mesures sociales, il en est une qui fait à nouveau parler d’elle depuis quelques jours, c’est la « rupture conventionnelle du contrat de travail » introduite dans le code du travail par la loi de modernisation sociale.

Retour en arrière :
« La vie, la santé, l’amour sont précaires, pourquoi le travail échapperait-il à cette loi ? « . Laurence Parisot invite à évaluer les effets de cette mesure dans quelques mois mais affirme avoir rencontré beaucoup de chefs d’entreprises très intéressés par ce dispositif déclarait Laurence Parisot Lors de l’université d’été du Medef le 30/08/2005 à Jouy-en-Josas.- Source TF1

Pressée de donner des gages à la frange la plus dure de ses adhérents qui regrettait le départ du « célébrissime » Ernest-Antoine Sellières partit évangéliser les parlementaires et la Commission européenne en prenant la tête du lobby Business Europe, elle indiquait de quelle façon le MEDEF comptait gérer les relations sociales en France. (more…)

25 avril 2009

Les raisons de la colère

Filed under: 01 - Etudes et analyses,13 - PS — iledere @ 6:15

Le blog de l'île de RéL’absence de dialogue social et l’affaiblissement du syndicalisme expliquent en grande partie les manifestations du désespoir des salariés.Séquestration de cadres dirigeants, saccages de lieux officiels, occupations d’usines…

Chacun trouvera matière à commentaires. Inexcusable, compréhensible, attendue, espérée ou redoutée, cette violence sociale est surtout révélatrice d’un échec national. Tous les pays développés, et notamment nos plus proches voisins, sont touchés par la crise. Et celle-ci est dure, implacable, cynique… Le chômage croît vertigineusement, les entreprises se restructurent hâtivement pour retrouver, dès demain, leurs profits d’hier, les patrons continuent de se rémunérer par tous moyens, comme si de rien n’était, les délocalisations s’accélèrent toujours plus loin. Et les gouvernements, au-delà des proclamations officielles, laissent filer leurs déficits comme pour mieux dissimuler leur impuissance. Oui, il y a partout des raisons de la colère.

Et pourtant, c’est en France qu’elle est susceptible de dégénérer le plus vite. Déjà qu’en temps de relative prospérité, la grève, le blocage, le conflit sont les formes les plus courantes — alors qu’elles devraient être les recours ultimes — de la confrontation sociale, en période de crise, tout est à craindre. Non pas l’émeute ou la révolution — laissons cela aux spécialistes du XIXe siècle — mais les manifestations du désespoir. Celles des travailleurs sans travail, des ouvriers sans ouvrage, des employés sans emploi. Celles des «rien à perdre», cette cohorte humaine à qui l’on a ôté bien plus que le travail, mais le statut, l’identité et la dignité.

Voilà ce qu’il en coûte à un pays comme le nôtre d’avoir autant affaibli le syndicalisme, d’avoir réduit la négociation sociale à une peau de chagrin, d’avoir méconnu la légitimité de l’action collective, d’avoir laissé les délégués du personnel sous la menace de la sanction ou de la mise à l’écart. D’avoir aussi permis que la moitié des entreprises ne compte pas de représentation syndicale, d’avoir refusé tout financement public des grandes confédérations, d’avoir amoindri la portée des élections prudhommales, espérant la désuétude de l’institution. D’avoir confiné le paritarisme à un partage des places plutôt que des responsabilités, d’avoir nié le fait majoritaire, de crainte de recomposer le paysage syndical français autour des plus grandes centrales. Bref, d’avoir fait le pari de l’individualisation des rapports sociaux atténuée par la sainte alliance du paternalisme et de l’étatisme. (more…)

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