Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

26 août 2011

Monsieur le Président : Et si vous nous reparliez de l’emploi des seniors ?

Filed under: 04 - Emploi formation — iledere @ 6:30

Depuis 2008, le Président ne cesse de répéter que l’amélioration de l’emploi des seniors est une priorité du gouvernement. Or, depuis, il n’y a pas eu un mois de baisse du nombre de chômeurs seniors !

Le 19 septembre 2007, Nicolas Sarkozy lors d’un discours au Sénat : « Pour un contrat social nouveau » déclarait : « Promouvoir le travail, c’est aussi mettre fin au gâchis insensé que représente la mise à l’écart des travailleurs dès 50 – 55 ans (…) Aujourd’hui, près de 6 salariés sur 10 sont chômeurs ou inactifs au moment où ils liquident leurs droits à la retraite (…) Quant aux dispenses de recherche d’emploi, elles seront progressivement supprimées pour ceux que cela concernera à l’avenir (…) » Et d’ajouter : « (…) Il n’est plus admissible que notre système d’indemnisation du chômage encourage cette culture du retrait précoce de la vie active (…) »

Le 12 août 2011, Les Echos écrivaient : « Le seuil des 800.000 demandeurs d’emploi de 50 ans ou plus devrait être annoncé lors de la prochaine publication des chiffres du chômage. En effet : Pôle emploi en a dénombré 797.800 à fin juin, soit 100.000 de plus qu’à la fin juin 2010 (…) »

Outre la faible activité des entreprises et leur peu d’appétence à recruter des salariés de 50 ans et plus, on aura soin de rappeler que cette situation est en partie due au vote, par les parlementaires UMP, dans la nuit du 17 au 18 juillet 2008, de la suppression progressive de la dispense de recherche d’emploi (DRE). Jusqu’à cette date : « les chômeurs seniors de plus de 57.5 ans pouvaient ne plus avoir à chercher un travail sans craindre la radiation et la perte de leurs droits »

Dans le détail : « (…) A partir du 1er janvier 2009, l’âge minimal pour en bénéficier devait être relevé à 58 ans, puis à 59 ans en 2010, et 60 ans en 2011. Le Gouvernement visant ainsi une suppression progressive de la DRE pour 2012 (…) » Détails disponibles sur le site du Ministère de l’Emploi

Ce qui était prévu dans le programme 2007 du candidat Sarkozy : « (…) Supprimer la dispense de recherche d’emploi pour les seniors et créer les conditions juridiques, économiques et sociales pour permettre aux seniors de conserver une activité professionnelle le plus longtemps possible (…) » (more…)

2 août 2011

L’allocation équivalent retraite supprimée : des chômeurs sans ressources

L'allocation équivalent retraite supprimée : des chômeurs sans ressources

Au 1er janvier dernier, le gouvernement a supprimé l’allocation équivalent retraite (AER) destinée aux chômeurs proches de la retraite. Alors que la réforme entrant en vigueur le 1er juillet a repoussé l’âge légal de départ à 62 ans, plus de 30 000 demandeurs d’emploi âgés seraient privés de ressources.

À la fin du mois de juillet, les revenus de René Némoz, Villeurbannais de 58 ans, vont connaître un gros trou d’air. À cette date, cet ancien menuisier du bâtiment, qui a plus de 41 années de travail derrière lui, aura épuisé ses trois années de droit au chômage et il ne pourra plus toucher ses 1300 € d’indemnisation mensuelle. Jusqu’ici, il pensait avoir droit à l’allocation équivalent retraite (AER), une aide financée par l’État de 33 € par jour, soit un peu moins de 1000 € par mois.
Mais cette prestation a été supprimée par le gouvernement le 1er janvier dernier. Créée en 2002, elle permettait justement aux demandeurs d’emploi ayant leurs annuités, mais pas encore l’âge de départ, d’attendre la retraite. René devra donc se contenter des 461 € mensuels de l’allocation de solidarité spécifique (ASS), le minima social des chômeurs en fin de droits. Et il devra s’en contenter plus longtemps, puisque la réforme des retraites promulguée à l’automne repousse, à partir du 1er juillet 2011, l’âge légal de départ, qui passera de 60 ans aujourd’hui à 62 ans en 2018.

Malgré ses quarante ans d’usine…
« Avec un loyer de 420 €, les factures d’électricité, la mutuelle, la nourriture : comment voulez-vous que je vive avec 460 € par mois ?« , s’alarme Marie-Pierre, qui va passer de l’allocation de chômage à l’ASS en novembre. À 58 ans, cette Angevine, qui a commencé à travailler à 16 ans, a derrière elle « quarante ans d’usine » et encore plus de trimestres « validés ». Elle n’a pas pour autant le droit de bénéficier du dispositif « carrière longue » qui permet à ceux qui ont commencé à travailler très tôt de liquider leur retraite avant l’âge légal. (more…)

11 décembre 2010

Régimes spéciaux : Bataille autour de la retraite des anciens élus de Paris !

Filed under: 10 - Chronique de la haine ordinaire — iledere @ 12:00

 » Une réforme des retraites responsable, raisonnable et juste » déclarait Eric Woerth. C’est probablement au nom de cette justice, que le Sénat essaye de maintenir l’exonération d’impôt sur le revenu, des pensions de retraite des élus locaux de Paris … d’avant 1992 !

Alors que la chasse au niches fiscales et aux avantages particuliers bat son plein dans les assemblées, une information n’a pas fait les gros titres de la presse. Et pourtant elle vaut son pesant d’or :  » Le Sénat a retouché dimanche le vote de l’Assemblée nationale, qui avait décidé d’imposer la retraite des élus de Paris d’avant 1992 dont l’ancien président Jacques Chirac (…)  » – Public Sénat

Mais encore ?

Et bien, il faut savoir que jusqu’à l’amendement du député Nouveau Centre Charles de Courson déposé en septembre 2010 (et adopté fin novembre), les élus de Paris ayant exercé un mandat avant 1992, étaient exonéré d’impôt sur leur retraite pour leurs droits acquis avant 1992. Cet amendement supprimait cette « particularité » !

Cet amendement faisait suite à une demande de Bertrand Delanoe faite juillet dernier auprès du gouvernement. En effet : «  (…) depuis 1992, c’est en effet la ville qui finance les retraites de ses élus – 160 retraites et 90 pensions de reversion -à hauteur de 4 millions d’euros par an (…)  » C’est donc Charles de Courson qui s’y est collé. Au delà du privilège injustifiable, le député arguait que :  » (…) ces retraites devaient être « considérées comme des traitements et salaires au regard de l’impôt sur le revenu, de la CSG, de la CRDS et des prélèvements sociaux (…) « 

A noter que son amendement avait été adopté malgré l’avis défavorable du ministre du Budget, François Baroin. Au nom d’une certaine « nostalgie » chiraquienne ?

En toute logique, le texte est arrivé ensuite au Sénat.

Et c’est Philippe Marini, rapporteur du budget, qui déclarait le 19/08/ 2010 :  » le gouvernement doit raboter l’ensemble des avantages fiscaux, quelles que soient les catégories concernées », pour tenir ses objectifs de réduction des déficits (…) Le Point

Qui a créé la sensation en déposant deux amendements :  » (…) qui prévoient de supprimer toute référence spécifique aux élus parisiens et de soumettre à l’impôt sur le revenu les pensions de retraite des élus locaux d’avant 1992 (…)  » nous dit Public Sénat

Bien que l’affaire ne soit pas encore terminée, comme l’affirme Boursorama : (…) Assemblée et Sénat devront trancher cette question dans les prochains jours lors de la réunion de la commission mixte paritaire (CMP, 7 députés et 7 sénateurs) chargée d’élaborer un texte de compromis sur le budget 2011 (…)  »

Il n’est pas certain que les français puissent s’offusquer, comme François Baroin, d’une possible nouvelle atteinte au pouvoir d’achat des retraités … de la politique parisienne ! Notamment en ce qui concerne un ancien maire de Paris qui risque une très légère « amputation » d’une partie des 18 781 € de pensions mensuelles …

Par SLOVAR pour son blog

Crédit image
Domas

28 novembre 2010

Retraites complémentaire : un revers pour Guillaume Sarkozy

Filed under: 06 - Travail-Entreprises — iledere @ 12:00

L’Autorité de contrôle prudentiel (ACP) bloque le projet de société commune entre Malakoff Médéric et la Caisse nationale de prévoyance qui devait aboutir à la naissance d’un poids lourd du marché de la retraite complémentaire privée.

Mauvaise nouvelle pour Guillaume Sarkozy : le projet de création d’une société commune entre Malakoff Médéric et la CNP (Caisse nationale de prévoyance) va prendre du retard. Le site d’information Médiapart affirme vendredi 26 novembre que « l’opération n’a pas reçu les agréments nécessaires des autorités de tutelle et sera donc au mieux différée, au pire annulée ».

La nouvelle société devait aboutir à la naissance d’un poids lourd du marché de la retraite complémentaire privée, par la mise en commun des moyens de Malakoff Médéric, mutuelle dont le délégué général est le frère aîné du chef de l’Etat, et de la Caisse nationale de prévoyance, qui dépend des autorités politiques.

Mais l’Autorité de contrôle prudentiel (ACP), placée sous l’autorité de la Banque de France, n’a pas donné son accord, selon Médiapart.

Contacté par Nouvelobs.com, Malakoff Médéric reconnaît une difficulté. « L’une des conditions suspensives n’a pas pu être levée dans les délais impartis. La mise en œuvre de la société commune ne pourra être réalisée au 1er janvier 2011 comme prévu », indique une source proche de la direction, sans davantage de précision sur un nouveau calendrier.

« Un partenariat dont l’intérêt stratégique demeure »
Selon Médiapart, les salariés de la CNP ont reçu jeudi un message interne qui les informe que « l’Autorité de Contrôle Prudentiel n’a pas agréé en l’état le transfert dans la Société commune de certains portefeuilles. (…) De ce fait, les transferts de portefeuilles et de personnels ne sont désormais plus possibles au 1er janvier 2011 ». Le texte, signé de Guillaume Sarkozy et de Gilles Benoist, directeur général de la CNP, précise: « Les Directions générales réitèrent leur souhait de poursuivre ce partenariat dont l’intérêt stratégique demeure. »

S’agit-il d’un simple retard ? « Impossible de savoir si l’affaire est enterrée ou simplement différée », écrit Médiapart.

EL- Nouvel Obs.com

27 novembre 2010

RENAULT ruine la légende du gouvernement sur l’emploi des seniors !

Filed under: 06 - Travail-Entreprises — iledere @ 6:30

Camouflet pour le gouvernement qui s’appuyait sur le maintien des seniors dans l’emploi : Renault vient de proposer à 3000 de ses salariés âgés de 58 ans un départ en retraite anticipé. Cet évènement prouve le décalage entre discours gouvernemental et réalité du maintien dans l’emploi des plus de 50 ans !

En juin 2010, Laurent Wauquiez dans Le Parisien, déclarait :  « … / … En fermant le robinet des préretraites financées par l’Etat, nous avons mis fin à cette machine de ségrégation … / …  »

Robinet, dont les entreprises multinationales françaises, peuvent se passer, lorsqu’elles entendent « gérer une période de sous-productivité ». En effet, le coût des pré-retraites en France pouvant être être largement financé, par recours à la délocalisation de la production vers des pays à bas coût salariaux !

Et pourtant, bien décidé à reporter l’âge de la retraite à 62 ans, le gouvernement avait mis en place un discours pour faire « passer la pilule » à tous ceux qui a plus de 50 ans craignaient de perdre leur emploi ou l’on déja perdu !

Le plus loquace était Laurent Wauquiez secrétaire d’état à l’emploi (passé depuis aux affaires européennes ) :  « La France, quels que soient les gouvernements, a géré statistiquement le chômage en renvoyant les seniors chez eux, pour dégonfler les chiffres. Depuis des années, on peut dire qu’on a organisé un vrai massacre. On a habitué notre pays aux pré-retraites. Résultat : en France, 38 % des 55 ans et plus ont un emploi, contre 50 % en Europe et 70 % en Suède ! Mais ce n’est pas la seule conséquence. Car, à la longue, cette politique a installé l’idée qu’arrivé à l’âge de 50 ans, un salarié a déjà sa carrière derrière lui. De plus, quand un demandeur d’emploi cherche un travail, il peut s’entendre dire qu’il est trop âgé pour le poste proposé… » – Octobre 2009 – Midi Libre

Au fait où en est-on des plans censés améliorer l’emploi des seniors ?

« L’obligation faite aux entreprises d’améliorer l’emploi des seniors commence à produire des effets positifs mais les décisions d’embauche restent encore très minoritaires … / … » écrivait l’AFP, le 16 novembre, commentant une étude du cabinet Mercuri Urval

Mais que propose Renault à ses salariés ? (more…)

29 octobre 2010

Quand the Gardian applaudit les grévistes français

Filed under: 06 - Travail-Entreprises — iledere @ 6:20

Quand the Gardian applaudit les grévistes français«Les Français se battent pour l’avenir de l’Europe». L’encouragement est d’un américain. Economiste, chroniqueur régulier du New-York Times et du Guardian, Mark Weisbrot a pris la plume pour écrire dans le Guardian tout le bien qu’il pensait de la mobilisation contre la réforme des retraites.

« Des manifestations qui ternissent l’image de la France à l’étranger » ou encore  « à l’heure de la mondialisation, il faut savoir s’adapter ». Les rengaines sont connues, elles occupent les journaux et pleuvent sur les plateaux télés, pseudo-lieux de débats, comme autant d’évidences indiscutables.

Quand l’élite a rendu son verdict, les paroles dissidentes sont ignorées (cf le référendum européen de 2005…). Même celles parues, c’est pour le moins inattendu, dans les journaux les plus lointains et les plus prestigieux. Ainsi de Mark Weisbrot, co-directeur du Center for Economic Policy Research, chroniqueur régulier du New-York Times et du Guardian.

La semaine dernière, dans le Guardian, l’économiste lançait un appel aux Français à ne pas céder : « Les manifestants français ont raison : il n’est pas nécessaire de repousser l’âge de départ à la retraite ». Il critique l’argument selon lequel « comme l’espérance de vie augmente, il faut absolument travailler plus longtemps. L’âge de départ à la retraite a été déplacé pour la dernière fois en 1983. Depuis, le PIB par habitant a augmenté de 45 %. L’augmentation de la durée de vie est très limitée en comparaison », estime Mark Weisbrot.
« L’augmentation du revenu national a été largement suffisante pour compenser les changements démographiques. Une nouvelle fois, la plupart des médias pense que les Français sont irréalistes et qu’ils devraient accepter ce programme comme les autres peuples. L’espérance de vie augmente. Nous devons donc travailler plus longtemps argumentent-ils. Ce point de vue est partiel. C’est un peu comme si l’on ne donnait que la moitié d’un résultat de baseball (ou de football, si vous préférez). Il est important de comprendre que la productivité et le PIB auront eux aussi augmenté en même temps et qu’il est donc en effet possible pour les Français de choisir de passer plus de temps à la retraite et de financer ce choix de société ».

Des Français en lutte pour l’avenir de l’Europe
Pour Mark Weisbrot, le refus d’augmenter l’âge de la retraite relève uniquement « d’un choix social » : « si les Français veulent conserver le même âge de départ, il y a beaucoup de manières de financer le coût des retraites. Une d’entre elles serait une taxe sur les transactions financières », écrit le chercheur. (more…)

28 octobre 2010

Emploi des jeunes, espérance de vie… Quatre idées reçues sur la réforme des retraites

Filed under: 01 - Etudes et analyses — iledere @ 6:28

Qu’il s’agisse de soutenir la réforme des retraites ou de la dénoncer, l’argumentaire des acteurs politiques ou syndicaux est plutôt rodé. Et construit sur des assertions présentées comme autant d’”évidences” frappées au coin du bon sens. Pourtant, à y regarder de plus près, la plupart sont discutables. En voici quatre :

“Aujourd’hui on vit plus longtemps. Il est normal, il est naturel, il est logique de prolonger le temps au travail” (Eric Woerth, 9/09)

Vrai et fauxC’est l’argument-massue du gouvernement et des soutiens à la réforme : l’espérance de vie a augmenté, il faut donc travailler plus longtemps. Même le Parti socialiste admet ce fait comme une évidence. Les choses sont pourtant plus complexes.

Effectivement, l’espérance de vie a augmenté entre 1980 et aujourd’hui, au rythme moyen de 2 à 3 mois par an. Mais rien ne garantit que ce phénomène va continuer irrémédiablement. L’espérance de vie est calculée à la naissance, en partant du principe que les conditions (environnementales, sociales, sanitaires…) seront identiques tout au long de la vie. Or un certain nombre de celles-ci (environnement notamment) se dégradent et seront moins bonnes demain qu’aujourd’hui.

La hausse continue de l’espérance de vie n’est pas un fait établi. Elle a ainsi reculé en Russie et stagne aux Etats-Unis (voire recule pour les plus pauvres), du fait d’un système de santé défaillant par exemple. En France, l’Insee a observé une hausse des décès de femmes en 2009. Dans une tribune parue dans Le Monde, trois chercheurs de l’Institut national d’études démographiques notaient fin septembre que “les prédictions de l’Insee, pour qui l’espérance de vie va continuer à croître au moins jusqu’en 2050, reposent sur des données fondées sur l’impact du recul des maladies infectieuses, sans prendre en compte la réalité actuelle des maladies chroniques”, comme l’obésité.

De plus, l’espérance de vie n’est pas l’espérance de vie en bonne santé, qui évolue peu, puisqu’elle n’a augmenté que de trois ans depuis quinze ans et se situe autour de 63 ans, avec d’énormes disparités en fonction de la profession et du niveau de vie.

En fait, le problème de financement résulte plus d’une question de pyramide des âges, comme le note le Conseil d’orientation des retraites : en 1980, on comptait trois actifs pour un retraité ; en 2010, nous sommes à 1,8 actif pour un retraité. En 2050, on devrait être à 1,2 actif pour un retraité. Mais “actif” ne veut pas dire employé. Car en dernier ressort, c’est bien la question de l’emploi et de la croissance qui régleront ou non le déficit des caisses de retraites, ce même en augmentant l’âge légal.

“Garantir aux Français qu’eux-mêmes et leurs enfants pourront compter sur leur retraite et que le niveau des pensions sera maintenu” (Nicolas Sarkozy, 20/10)

Plutôt fauxLa réforme sauve-t-elle un système en péril ? Pas vraiment. Le besoin de financement des régimes de retraites est d’une trentaine de milliards d’euros par an en 2010, un chiffre qui devrait monter à 70 à 115 milliards d’ici à 2050, selon le rapport du Conseil d’orientation des retraites, dont les hypothèses elles-mêmes sont déjà sujettes à caution. Le constat est cependant unanime : les recettes manquent, d’autant plus avec la crise et la hausse du chômage, qui ont fait grimper encore le déficit. La France doit financer une retraite sur dix par l’emprunt, à hauteur de trois milliards chaque année, et le déficit cumulé atteint déjà 32 milliards.

Or la réforme n’assure que la moitié environ des besoins de financements, avec environ 27 milliards supplémentaires en 2018 (dont 18 milliards proviennent de l’allongement de la durée de cotisation), où le déficit du système devrait atteindre les 42,3 milliards. Le reste proviendra essentiellement de la liquidation des 32 milliards du fonds de réserve des retraites initialement prévu pour financer les départs en retraite entre 2020 et 2040.

Encore ce niveau de recettes reste-t-il optimiste. Comme le souligne le Conseil d’orientation des retraites de façon relativement catégorique, les incertitudes règnent sur l’équilibre du système car il dépend essentiellement de la conjoncture : quel taux de croissance, combien de chômeurs ? Les hypothèses retenues sont optimistes. La réforme postule ainsi que d’ici à 2020, la France bénéficiera d’un chômage à 5 % (deux fois moins qu’à l’heure actuelle, et un niveau jamais atteint depuis la fin des années 1970) et d’une croissance moyenne de 2,8% par an, là encore du jamais vu en 30 ans. (more…)

27 octobre 2010

La jeunesse a toutes les raisons de manifester

Filed under: 01 - Etudes et analyses — iledere @ 6:29

Depuis la rentrée de septembre, les jeunes générations ont rejoint le cortège des manifestations. Mardi 26 octobre marque une étape nouvelle dans la sociologie du conflit: les jeunes seront seuls en scène, à l’appel de l’Unef et de Sud-Etudiants. La majorité feint de s’étonner de leur présence dans la rue. Ils ont pourtant toutes les raisons du monde de manifester.

Les jeunes, victimes de la réforme des retraites

On en discute beaucoup: le recul de l’âge de départ à la retraite des seniors va-t-il aggraver le chômage des jeunes?

Le marché du travail en France est dégradé. Il s’est adapté à la crise en excluant du travail ses deux extrémités générationnelles, les jeunes et les seniors. Le taux d’emploi des jeunes (moins de 25 ans) est de 31%, celui des seniors (plus de 55 ans) de 38%, des taux parmi les plus bas d’Europe. En l’absence d’une politique volontariste d’amélioration du marché du travail, le recul de l’âge de départ à la retraite va accroître le chômage.

Le chômage des seniors, bien sûr. Les deux tiers des Français sont au chômage lorsqu’ils liquident leur retraite. C’est ce qui explique la grande différence dans le secteur privé entre l’âge de cessation d’activité, 58 ans, et l’âge de liquidation de la retraite, 61,6 ans. Statistiquement, pour ces Français, le maintien plus longtemps en activité signifie maintien au chômage: la réforme transforme de «jeunes retraités» en «vieux chômeurs».

Mais également le chômage des jeunes. Certes, il n’y a pas de lien direct: on ne remplace pas poste pour poste un tourneur fraiseur qui part à la retraite par un jeune diplômé sorti de l’université. Mais les liens existent. Des liens mécaniques dans certains secteurs, comme dans l’administration: avec la règle du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux, l’embauche d’un jeune est conditionnée par le départ de deux seniors. Ou dans le milieu médical: le numerus clausus impose que toute entrée soit gagée sur une sortie. Des liens plus diffus sinon: les contraintes de masse salariale en entreprise font que les embauches sont globalement conditionnées aux départs.

Qui va payer la réforme?
Ce débat a été particulièrement mal posé. Si la question est «l’amélioration de l’emploi des seniors entraîne-t-elle la dégradation de l’emploi des jeunes?», alors la réponse est non. Tous les économistes le disent: ils vont de pair. Dans un marché du travail dégradé, les deux souffrent. Dans un marché du travail sain, les deux s’intègrent bien. Mais la question est différente: la réforme des retraites va-t-elle aggraver le chômage des jeunes? La réponse est oui. Avec la réforme, le chômage des jeunes, comme celui des seniors, va augmenter.

On discute beaucoup de l’impact de la réforme sur le chômage des jeunes. Mais bizarrement, on discute beaucoup moins du vrai point central: qui va payer la réforme des retraites?

La gauche et les syndicats l’ont martelé, et ils ont raison: ce sont les salariés modestes. La réforme est marquée du sceau de l’injustice sociale.

Mais –on ne l’a pas entendu– elle est aussi injuste pour les jeunes générations. Elles vont payer trois fois.

Elles vont cotiser plus, avec le recul de l’âge légal. Un recul qui ne prendra sa pleine mesure qu’à partir de 2018, donc pour les moins de 50 ans d’aujourd’hui. (more…)

25 octobre 2010

Jeunesse : merci de bien vouloir chômer, et en silence!

Filed under: 11 - société — iledere @ 12:22

Les débats autour de la participation des lycéens et des étudiants à la mobilisation contre la réforme des retraites offrent un triste résumé de tous les poncifs qui s’accumulent à l’encontre de la jeunesse.

Premier poncif, les jeunes seraient évidemment manipulés, par les syndicats et les partis politiques de gauche, mais pire encore, ils seraient « conditionnés », « endoctrinés » dès leur plus jeune âge, par des enseignants gauchistes leur insufflant le poison de la contestation : faut-il avoir quitté les bancs de l’école ou des amphithéâtres depuis longtemps pour oser proférer de telles inepties…

Second poncif, la jeunesse des années 2000 serait d’une tristesse et d’un conformisme accablants, toute occupée à compter ses futurs trimestres de cotisation, à l’opposé des générations précédentes, généreuses, ouvertes sur un monde qu’elles rêvaient de changer. Est-ce si difficile de comprendre que la question des retraites ne se posait pas pour les générations nées après la guerre, tout simplement parce qu’elles étaient assurées d’en bénéficier ?

On en arrive au troisième poncif : mais pourquoi diable ces jeunes manifestent-ils contre une réforme qui sauve le système par répartition et qui précisément vise à leur garantir une retraite décente ? Pour le coup, il n’est pas nécessaire d’être jeune, mais seulement de savoir lire (par exemple le dernier rapport du Conseil d’orientation des retraites), pour comprendre que l’équilibre financier du système de retraite n’est absolument pas assuré par les seules mesures d’âge.

En réalité, tant que l’on en reste aux poncifs, le vrai débat, celui de l’insertion professionnelle et de l’emploi des jeunes, est occulté.
Si les jeunes sont dans la rue aujourd’hui, c’est bien parce que leur situation sur le marché du travail est terriblement dégradée. Au second trimestre 2010, plus de 23% des actifs de moins de 25 ans étaient au chômage (25% des jeunes femmes et 22% des jeunes hommes). Et parmi les 15-29 ans en emploi, avant même l’explosion de la crise financière à l’automne 2008, 35% étaient des salariés précaires (CDD, intérim, contrats aidés).
Après des études sensiblement plus longues que les générations précédentes, la durée de l’insertion sur le marché du travail s’allonge également jusqu’à la difficile obtention d’un contrat à durée indéterminée, en moyenne à plus de 28 ans. Dès lors, se mobiliser n’est pas un caprice ou un effet de mode mais une réponse à des injonctions contradictoires de la société : il faudra travailler plus longtemps, mais l’accès à un premier emploi stable et correctement rémunéré relève souvent du parcours du combattant. (more…)

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