Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

6 janvier 2011

35 heures : Copé jette le masque

Filed under: 06 - Travail-Entreprises,20 - UMP — iledere @ 12:00

Le débat sur le « déverrouillage » des 35 heures, relancé par Manuel Valls, montre enfin les véritables enjeu. Selon Jean-François Copé, secrétaire général de l’UMP, il s’agit bel et bien d’organiser la baisse des salaires, au moins « dans un premier temps », afin de récupérer 25 milliards d’euros pour le Budget tout en supprimant la durée légale du travail.

Il faut reconnaître un avantage à Jean-François Copé: de temps en temps, il jette vraiment aux orties la langue de bois, comme il l’avait juré dans un livre en 2007. Ce matin sur RTL, le secrétaire général de l’UMP a lâché devant Jean-Michel Apathie le fond de sa pensée sur la question des 35 heures . On comprend très vite que les « 35 heures » sont un prétexte. Copé sait bien que le dispositif de Martine Aubry n’est plus qu’un fantôme. Ce qu’il cherche c’est à récupérer les « 22 ou 25 milliards d’euros » d’exonération de charges sur les bas salaires et les heures supplémentaires « intenables par ces temps de crise ». Il propose donc de supprimer toute durée légale du travail, de faire travailler plus tout en gagnant pas plus. « C’est inéluctable », martèle-t-il. Copé, comme la droite française (et une partie de la gauche comme Manuel Valls ) est obsédé par la perte de compétitivité française, notamment par rapport à l’Allemagne. Sur dix ans, à l’initiative de Gehrard Schroeder, celle-ci a réussi à gagner 15% de compétitivité par rapport à ses voisins, en ramenant ses coûts salariaux à des niveaux proches des nôtres. La France avait fait de même dans les années 80 et 90, avec la « désinflation compétitive ».

Copé propose de prendre le même chemin, mais en cinq ans. Travailler plus pour gagner pareil, signifie programmer une baisse des coûts horaires. Si on revient ainsi aux 39 heures, cela signifie un gain de 10% pour l’employeur. Mais un élève de CM2 remarquera que les entreprises tricolores ne gagneraient aucunement en compétitivité, puisque ce qu’elles gagneraient sur le coût de la main d’œuvre, elle le perdrait par le biais de la subvention de l’Etat aux bas salaires. A moins de supprimer les postes à bas salaires ! En fait, Copé nous propose un impôt payé en temps par les salariés. Cela existe déjà : la « journée de solidarité » rapporte 1 milliard d’euros par an depuis 2004. La réforme des retraites est aussi une sorte d’impôt « temps » sur les salariés, qui travaillent sur une durée plus longue…

Il s’agirait de plus d’une régression sociale : l’abolition de la durée légale de travail, remplacée par le plafond européen de 48 heures maximum par semaine est une vieille revendication ultralibérale, bien dans la ligne d’Hervé Novelli, adjoint de Jean-François Copé à l’UMP. Ce n’est plus la revanche sur les 35 heures d’Aubry, mais sur les 40 heures du Front populaire… (more…)

20 novembre 2010

Retraites et marée noire

Filed under: 03 - Economie,10 - Chronique de la haine ordinaire — iledere @ 6:30

Le 20 avril dernier, ni les investisseurs chinois ni les retraités britanniques ne soupçonnaient que la marée noire au large de la Louisiane les atteindrait aussi vite.

Sur place, onze ouvriers d’une plate-forme pétrolière perdirent la vie ; les pêcheurs de la baie de Saint Louis, leur instrument de travail ; les populations du golfe du Mexique, la qualité de leur environnement et leurs pélicans bruns. De leur côté, beaucoup plus loin des zones sinistrées, les autorités de Pékin et les retraités britanniques allaient connaître un autre type de préjudice : leurs placements financiers sous forme d’actions de BP perdirent 48 % en deux mois. Les fonds souverains chinois — ceux du Koweït, de Singapour également — devraient manifester moins de passion pour les compagnies pétrolières occidentales (1).

Le cas des retraités britanniques présente un intérêt particulier au moment où, sous la contrainte des marchés financiers, les Etats européens « réforment » les systèmes de protection sociale. Car la réduction continue du remboursement des dépenses de santé ou du montant des retraites a précipité — c’était prévu, c’était voulu — nombre de salariés dans les bras des assurances privées ou des fonds de pension. Au Royaume-Uni, de tels fonds ne pouvaient qu’être aguichés par les 8,4 milliards d’euros annuels de dividendes de BP. L’entreprise pétrolière, qui trône au sommet du London Stock Exchange, en est donc venue à garantir à elle seule le sixième de leurs revenus.

La rente versée aux retraités britanniques était d’autant plus coquette que BP rognait sur ses coûts — le cas échéant en négligeant les mesures de sécurité. Cependant, les Etats-Unis n’étant ni une zone de non-droit ni un petit pays dont le président s’agite comme une marionnette avant de céder devant une multinationale, ils n’hésitent pas à se défendre contre la destruction de leur flore et de leurs rivages : chaque baril de pétrole (159 litres) répandu en mer fait encourir une amende de 4 300 dollars au pollueur. Autant dire qu’une nappe de pétrole qui pourrait égaler dix-sept fois celle de l’Exxon-Valdez en Alaska risque de faire regretter aux actionnaires de BP les petites économies que leur compagnie a réalisées pour maximiser ses profits. (more…)

29 août 2010

Entre 60 et 62 ans, on ne fait pas joujou !

Filed under: 06 - Travail-Entreprises — iledere @ 12:00

Daniel Cohn-Bendit ne sait pas la différence entre 60 et 62 ans au travail. Il a jamais vu un ouvrier carreleur à genoux, ni une femme de service poussant son chariot, ni une serveuse et ses phlébites à répétition, il n’a pas idée d’une rentrée des classes pour un instituteur de 62 ans, ni comment vivrait chaque jour une infirmière en poste dans sa 63e année.

DCB croit que c’est une question de « marqueur » pour se distinguer sur les estrades. Ce n’est pas lui qui travaille de nuit, ni « posté » en trois huit. Il ne pense ni aux chauffeurs, ni aux nettoyeurs, ni aux ouvriers agricoles.

DCB n’a pas idée de l’importance des plus belles années de la retraite entre 60 et 65 ans après 40 ans de labeur. Il faut avoir souffert au travail pour comprendre enfin le bonheur de quelques années de repos en bonne santé. Daniel Cohn-Bendit fait joujou entre révolutionnaire et réactionnaire, comme si cela n’avait pas un sens pour des millions de salariés souvent épuisés vers 55 ans.

Et les jeunes qui n’ont pas de boulot savent aussi ce que c’est que d’en attendre pendant 2 ou 3 ans de trop entre 25 et 29 ans… Ce qui sera pire en allongeant la durée du travail jusqu’à 62, âge légal et surtout 67, âge de la retraite à taux plein.

DCB va peut aussi nous dire que ce n’est pas un « marqueur » d’exiger une retraite à taux plein à 60 ans, 75 % de reversement, calculée sur 10 ans ou sur les 6 derniers mois, indexée sur les salaires, sans retraite inférieure au Smic. Pour lui, ce sont des détails et sous prétexte de ne pas être « anticapitaliste », ce sont des détails qu’il faut laisser de côté pour gagner des électeurs du Modem, c’est à dire de la droite : mais ce serait ainsi que la gauche perdrait des millions d’électeurs de gauche qui ne votent plus parce qu’on ne s’intéresse plus à ces « détails » qui pour eux sont essentiels.

Gérard Filoche pour « Démocratie et socialisme »

7 août 2010

255000 emplois supprimés en France en 2009!

Filed under: 06 - Travail-Entreprises — iledere @ 12:00

Publié jeudi, un document du ministère du travail décrit une situation catastrophique de la situation de l’emploi en France. En 2009, 337 000 postes ont été détruits dans le secteur privé. Après 190 000 en 2008, ces chiffres sont les pires que la France a connu depuis la guerre. Le coût de cette crise qui naît dans la sphère financière est donc avant tout porté par les salariés en général.

2,1 milliards d’euros de bénéfices au deuxième trimestre pour BNP-Paribas, 1,1 milliards pour la Société générale… Décidément, la vie est belle pour les grosses cylindrées du secteur bancaire. Qu’importe que la croissance tarde à retrouver un rythme supérieur à 1 % ; que la consommation des ménages soit en recul; et qu’enfin le taux de chômage se maintienne au-delà des deux chiffres. Chez les banquiers, on ne se soucie guère de ces petits détails de l’économie réelle. BNP-Paribas affiche, par exemple, une progression de son résultat de 31 %. Pour la finance, la crise c’est du passé.

Mais pas pour les salariés. Jeudi 5 août, la Dares, la direction des études économiques du ministère du travail, a publié le bilan 2009 de l’emploi en France. Le document décrit une situation catastrophique : en 2009, l’économie a détruit 337 000 emplois dans le secteur privé. Un record après une année 2008 elle aussi placée sous le signe de la dégradation, avec un recul de 190 000 postes. En moins de 2 ans , ce sont plus d’un demi million d’emplois qui ont ainsi été rayés des tablettes. Particulièrement touchée, l’industrie a connu, en 2009, un taux de destruction d’emploi historique, proche de 5%, soit 168 000 postes disparus.

Et pour la deuxième année consécutive, ces emplois n’ont pu être compensés, comme c’était le cas dans les périodes précédentes, par le dynamisme du secteur tertiaire. Durant ces deux années, lui aussi a perdu de la substance : -112 000 emplois en 2008 et -121 000 l’année suivante… Moins sensible aux cycles conjoncturels, l’emploi salarié non-marchand (fonction publique, associatifs,…) a cependant joué son rôle d’amortisseur. « L’emploi salarié non-marchand progresse en raison principalement d’emplois aidés plus nombreux face à une mauvaise conjoncture », note la Dares. Et de fait, dans son plan de relance, le gouvernement a renoué avec les emplois aidés dont le principe avait été abandonné à son arrivée au pouvoir en 2007.

Au final, la destruction d’emplois dans l’économie tombe donc à 255 000 en 2009.

Cette profonde dégradation a également poussé ses effets jusqu’à modifier la part des emplois stables (CDI et fonction publique) dans le total de l’emploi. Épargnés au début de la crise, les salariés ayant un emploi stable, ont commencé par être touchés au tournant 2008-2009, alors que la mortalité des entreprises les employant connaissait une forte poussée : ce sont 260 000 CDI qui ont ainsi disparu dans l’économie, tandis que les quelques postes qui se récréent à nouveau fin 2009 sont le plus souvent  en intérim…

Déjà dramatique en soi, cette destruction s’est accompagnée d’un phénomène inattendu : la hausse de la population active. Malgré la dégradation de la conjoncture, déjouant ainsi les ressorts traditionnels qui posent qu’en tel cas les gens sont découragés de se présenter sur le marché du travail, 200 000 personnes ont grossi les rangs des « offreurs de travail » comme disent les économistes. (more…)

17 juin 2010

Vuvuzela sociale

OubliéeUn coup de gueule d’Agnes Maillard auquel je s’associe à 200 %…

Sa Minusté est vraiment trop bonne : elle ne vient de nous voler que deux années de vie supplémentaires !

Et voilà, la messe est dite : faudra se crever le cul deux ans de plus pour garnir les poches des exploiteurs… enfin, ça, c’est la théorie. Parce qu’en pratique, faudra surtout gratter deux ans de plus à la porte de Paul Emploi, demander l’aumône de quelques miettes de sale boulot pour une poignée de cacahouètes de plus tout en se faisant fliquer, rabrouer, montrer du doigt. Deux ans de plus à ramer, deux ans de plus à trimer, à subir, à s’user, surtout. Et tout ça pour quoi ? Pour une retraite tellement misérable qu’il faudra probablement la cumuler avec un boulot d’étudiant rien que pour pouvoir payer le loyer ou prier pour qu’une grosse vilaine incapacité physique vous sorte définitivement du circuit de l’angoisse et de l’exploitation.

C’est ça que vous voulez ?
Non, mais, franchement, c’est ça que vous voulez ?
C’est pour ça que vous vous levez tous les matins ?
C’est pour ça que vous élevez des gosses ?
C’est ça la société dans laquelle vous voulez vivre ?
Et c’est ça que vous comptez léguer à vos enfants ?
Une vie de labeur, de pauvreté, de peur, avec le tombeau ou le grabat comme seule échappatoire ?
C’est pour ça que vous avez vécu ?

Vous n’avez pas l’impression que vous avez assez avalé de couleuvres comme cela sur la foi de vagues promesses de lendemains plus rieurs ? Ils sont où, les fruits de nos sacrifices ? Ils sont sont où, les fruits de notre travail à tous, de tout ce temps, de toute cette énergie que nous déployons jour après jour depuis tant d’années ? Sommes-nous des humains ou des hamsters stupides qui tournent frénétiquement dans leur cage parce qu’ils ne savent plus rien faire d’autre ?

Parce que vous les croyez, quand ils disent que ce coup-ci, c’est bon, les retraites sont sauvées ? Vous les croyez encore ? Comme vous les avez crus pour toutes les autres réformes qui ont précédé, porteuses de la même promesse, de la même espérance, forcément démentie, forcément remise en cause, démontée, jusqu’au nouveau coup de canif dans le contrat social, comme à chaque fois, comme maintenant et comme demain.
Vous pensez vraiment que si vous fermez la gueule et faites le dos rond, ils vont s’arrêter là ? Est-ce que vous imaginez vraiment qu’ils ont une seule bonne raison de s’arrêter là, pendant que vous faîtes collectivement les moules devant vos boîtes à cons, à applaudir les milliardaires en short qui courent plus après les putes et les voitures de luxe que derrière un ballon ? (more…)

6 mars 2010

Pendant que les multinationales licencient pour accroitre leurs bénéfices… d’autres se pendent

Filed under: 10 - Chronique de la haine ordinaire — iledere @ 12:00

Le blog des socialistes de l’île de Ré souhaite relayer aujourd’hui ce texte du blog Equilibre précaire, et s’associer à la douleur comme à la colère de son auteur.

Il y a quelques semaines, j’écrivais sur mon blog au sujet de la crise :

« Pas l’ombre d’une mesure contraignante, pas une goutte de remise en question profonde du système qui nous a « pondu » la « Crise du siècle ». Pas une miette d’excuses non plus pour ceux, qui assument, sans broncher, les conséquences de ce dont ils ne sont pas responsables. »

Hier, mon téléphone sonne. C’est ma mère. Un peu agacée par son second appel de la journée, je décroche avec l’intention de lui demander de me rappeler plus tard. Au bout du fil, elle pleure et bégaye quelques mots avant de m’expliquer, d’un ton assuré, que mon oncle s’est pendu en début d’après-midi. Dans sa lettre d’adieu, tout ressemble à une réflexion à haute voix, à une série d’arguments qu’il semble avoir couchés sur le papier pour se persuader lui-même que l’issue fatale restait la meilleure.

En avril dernier, Alain est convoqué par son management. En raison de deux retards (45 kilomètres séparent le domicile du lieu de travail) et de son utilisation d’internet à des fins personnelles, on lui met un blâme. C’est le coup de sifflet de ce qui va devenir un harcèlement moral. En Juin, alors que je rends visite à ma famille, je discute avec mon oncle. Il m’explique que son management le noie de travail et de deadline impossible à respecter. A ses mots, je comprends qu’on veut le bazarder. Il est vieux (52 ans), nul en informatique et coûte cher (2700 euros net). Au retour de ses vacances, nouvelle convocation et nouveau blâme. Alain ne remplit pas ses objectifs et il est averti pour la seconde fois. A l’issue de la réunion, il s’énerve et monte le ton. Tous les gens autour de lui étaient des gosses quand il a démarré sa carrière dans la boite et ça, pour lui, ca ne passe pas. Le directeur du site lui dit verbalement qu’en raison de la crise, il doit dégraisser et qu’il fait parti de la liste des indésirables. Il enfoncera alors son poing dans la joue de ce gros con et sera licencié quelques jours plus tard. Alain n’a jamais été violent. Mais comme beaucoup dans la famille, il a un sens aigu de la justice et de la politesse. Quand il a compris qu’il était dans la nasse, il a préféré se faire justice immédiatement que prendre du cash. Courageux et compréhensible geste (de mon point de vue), il va néanmoins devenir le coup d’envoi d’une chute effrénée vers son malheureux sort. Dans les mois qui suivirent, 10 des ses collègues subiront le même sort… tous avec au moins plus de 10 ans d’ancienneté au sein de l’entreprise.

Alain a 10 frères et sœurs dont ma propre mère. Comme elle, il a arrêté l’école à 14 ans pour travailler dans la carrière à champignons du village. Comme deux autres de mes oncles, il entrera à la SNCF comme contrôleur pendant 5 ans. Une déception amoureuse plus tard, car Alain ne pouvant pas avoir d’enfants, il quittera la fonction publique pour rejoindre une fabrique de biscuit comme contrôleur qualité. Il y gravira des échelons, participera à de nombreux projets mais également à de nombreuses avancées sociales au sein de l’entreprise. De droite, Alain a toujours été proche de ses potes de la CGT, les manœuvres et autres employés au « packaging » qui font le sale boulot. Alain n’aime pas les injustices de classe…

Seul face à lui même, Alain va commencer par prendre un peu de recul. Il viendra même 2 jours me visiter à Prague avant de continuer vers Vienne. Il n’avait jamais voyagé si loin. Il passera le reste de l’été à entretenir sa palombière, cultiver son jardin et visiter la famille. Seul et célibataire de carrière, Alain avait une solide épargne d’environ 50 000 euros. Propriétaire d’une maison qu’il avait terminé de payer il y a quelques années déjà, il vivait chichement, avec ses deux chiens dans une maison confortable de 90 mètres carrés à la campagne. Vraiment tout pour être heureux… Alain va vite comprendre qu’il est dans une impasse professionnelle. Le marché de l’emploi est maigre pour lui et puis il a perdu confiance en lui, s’isole et doit sûrement se poser des questions aussi existentielles qu’inutiles car comme beaucoup dans la famille, Alain a la déprime facile ! (more…)

8 février 2010

Appel contre le projet Darcos de mise à mort de la médecine du travail

À l’heure de la sous déclaration massive des accidents du travail, de l’augmentation des maladies professionnelles et des suicides au travail (comme cela a été révélé à France Télécom) à l’heure de la hausse des accidents cardiaques et vasculaires liés au stress et à la souffrance au travail, à l’heure où dérivent les méthodes de management et leurs exigences dévorantes de productivité, faut-il affaiblir ou renforcer la médecine du travail ?

Après plus de vingt ans de dégradation continue de la santé au travail, nul ne nie qu’il y ait besoin d’une grande réforme pour la reconstruire. Mais les salariés, les syndicats, les professionnels des questions de santé au travail sont terriblement inquiétés par les orientations de la « réforme » annoncée de M. Darcos.

C’est un projet qui va dans le sens de celui du Medef auquel, pourtant, tous les syndicats de salariés se sont opposés unanimement en 2009. Il propose carrément de violer le cadre de responsabilité du médecin du travail pour qu’il serve de bouclier protecteur à celui des employeurs. Il est en contradiction de manière rédhibitoire avec les principes du Code de Déontologie médicale inscrits dans la Loi. Il projette d’organiser les prochains services de santé au travail (SST) en donnant total pouvoir au patronat : seront juges et parties ceux-là mêmes qui créent les risques.

Plus que jamais les médecins du travail et les autres acteurs des SST seront cantonnés dans des activités éloignées de la défense de la santé des travailleurs. Il s’agit de la mort de toute réelle prévention en santé au travail. Il s’agit de « démédicaliser » la seule spécialité dont l’objet est le lien entre la santé et le travail. Il s’agit de prendre prétexte de la pénurie (réversible) de médecins du travail en les remplaçant par des infirmiers alors que ceux-ci ne peuvent pas se substituer aux médecins et qu’ils n’ont pas de statut protégé. Il s’agit de transférer ces missions aux directeurs des services interentreprises de santé au travail (SST) c’est-à-dire aux Conseils d’Administration composés majoritairement d’employeurs (2/3). Il s’agit de déposséder les « commissions de contrôle » de leurs prérogatives notamment en ce qui concerne le droit d’opposition à la mutation ou au licenciement des médecins du travail, alors qu’au contraire ce droit d’opposition devrait être étendu pour que tout « Intervenant en Prévention des Risques Professionnels » bénéficie d’un statut de « salarié protégé ».

Comment une « prévention » peut-elle exister, sans entretien clinique régulier avec les salariés, en espaçant les visites tous les 3 ans ? L’aptitude et l’inaptitude seraient définies du point de vue patronal : actuellement ces notions n’ont pas de définition légale, le médecin du travail les apprécie au cas par cas selon les risques pour la santé liés au poste de travail. Une nouvelle définition écrite dépendrait exclusivement de la capacité du salarié à effectuer la totalité des tâches prescrites : elle aurait une « simplicité » radicale, binaire (apte ou inapte) et reviendrait à supprimer toute notion d’aménagement de poste et d’adaptation des tâches à l’homme. (more…)

3 février 2010

Bilan des dix ans des 35 heures : quel est le vrai du faux ?

Filed under: 06 - Travail-Entreprises — iledere @ 12:00

La loi sur les 35 heures fête ses dix ans (Reuters)Depuis son entrée en vigueur, la loi Aubry sur la réduction du temps de travail est vilipendée par la droite. Voici, point par point, des réponses aux principales critiques de la majorité.

La loi Aubry fixant la durée hebdomadaire du temps de travail à 35 heures hebdomadaires fête, lundi 1er février, ses 10 ans. Elle est, depuis son entrée en vigueur, vivement critiquée par la droite.
Dernières attaques en règle, celles de Nicolas Sarkozy et du porte-parole de l’UMP Frédéric Lefebvre.
Le 6 janvier, lors de ses vœux aux forces économiques, le chef de l’Etat dresse un constat sévère : « le problème de la France n’est pas que nous travaillons trop, mais qu’on ne travaille pas assez. Le problème extraordinaire des 35 heures, c’est que nous avons été les seuls à utiliser cette politique. » Puis le 25 janvier sur TF1, le président affirme qu’il faut « permettre aux gens de travailler davantage », accusant les 35 heures de créer du chômage.
Lors d’une conférence de presse le 18 janvier, Frédéric Lefebvre ne mâche pas ses mots, et qualifie la réduction du temps de travail d' »ânerie décidée par la gauche » et de « plus grande fumisterie qui existe sur le plan économique. » « Si cette solution avait réellement été la bonne, pourquoi est-ce qu’aucun autre pays au monde ne l’a instaurée?« , s’interroge-t-il.

Voici, point par point, une réponse aux critiques de la majorité.

Les 35 heures ont engendré du chômage
FAUX. Selon l’Insee, la loi a abouti à la création d’environ 350.000 emplois entre 1998 et 2002. Jean-Marie Harribey, économiste, maître de conférence à Bordeaux 4 et ancien président d’Attac, interrogé par Nouvelobs.com, évalue, lui, à deux millions le nombre d’emplois créés entre 1997 et 2009, dont 400.000 sont imputables aux 35 heures. Pourquoi n’ y a-t-il pas eu davantage d’emplois créés ? Parce que, explique-t-il « la loi Aubry 1 a progressivement été vidée de son contenu. La loi Aubry 2 a supprimé l’obligation pour les entreprises de créer 6% d’emplois en contrepartie de 10% de baisse du temps de travail. Les entreprises, qui n’étaient plus tenues d’embaucher, ont flexibilisé le temps de travail. Il y a eu ensuite une autre étape dans le « détricotage » de la loi. Le gouvernement Raffarin a suspendu l’application de la loi des 35 heures aux entreprises de moins de 20 salariés, qui devait passer de manière imminente. Huit millions de salariés n’ont donc jamais vu la couleur des 35 heures. Enfin, le gouvernement Villepin a augmenté le quota annuel d’heures supplémentaires. »
Par ailleurs, lors de la crise, les RTT et les comptes épargne-temps ont servi d‘amortisseur, évitant dans certains cas les suppressions d’emplois. Au lieu de licencier, bon nombre de chefs d’entreprise ont demandé à leurs employés de puiser dans leurs jours de RTT, le temps que l’activité reprenne. Les 35 heures ont donc joué un rôle de soupape en ces temps difficiles, loin du « carcan » dont parle à l’envi Nicolas Sarkozy. Même si, comme le nuance Jean-Maire Harribey, « l’amortisseur n’est pas venu essentiellement des RTT, mais de tous les mécanismes sociaux. » (more…)

1 février 2010

Le Travail

Filed under: 03 - Economie — iledere @ 12:30

« C’est Fourier seul – Marx et Engels l’ont eux-mêmes reconnu – qui a fait voir le premier la différence qualitative qu’il y a entre la société libre et la société non libre, et qui n’a pas eu crainte – alors que Marx l’a eue en partie – de parler d’une société possible dans laquelle le travail deviendrait jeu. Une société dans laquelle le travail – même le travail socialement nécessaire – s’organiserait en accord avec les aspirations libérées, les besoins instinctifs, les inclinations spontanées de l’homme. » (Herbert Marcuse, « Fin de l’utopie »)

Sans aller jusqu’à ce que le travail soit jeu à proprement parler, quoique cette notion soit en elle-même la plus séduisante, on peut concevoir qu’il soit pour chaque individu en accord avec ses aspirations profondes ou ses capacités voulues, ce qui devrait être l’espérance de chacun. En même temps celui-ci devrait être aussi une sorte de monnaie d’échange. Une monnaie différente, alors « monnaie de consommation » (André Gorz) correspondant à la valeur de la fabrication marchande ainsi produite par le travail. Il est évident que cette valeur d’échange ne serrait pas tributaire du marché puisque établie avant qu’elle devienne véritablement une marchandise mise en concurrence.

Comme on le voit on repousse alors la notion de marché hors de la valeur estimable du travail. Cela va sans conteste en opposition au principe capitaliste qui considère le travail comme une variable d’ajustement du capital. Capital tirant ses bénéfices de l’évolution des marchés ou la quantité et la valeur horaire du travail rémunéré seront alors réduit au minimum pour avoir une marge nécessairement plus élevé. En fait, si les matières premières sont incontournables en quantité dans la fabrication, le travail lui sera variable en fonction de la rentabilité voulue de la production.

Donc, dans ce genre de raisonnement, il n’est aucunement mis en avant les aspirations de l’humain, la seul productivité de l’entreprise comptant, on considère alors que le centre de l’existence est celle-ci, par conséquence le travail productif devient l’unique moteur sociétal de l’individu. Conséquence qui aliène l’homme à la rentabilité et ne permet la reconnaissance social qu’en fonction du travail. D’ailleurs ce n’est plus la qualité de l’œuvre accompli qui compte, mais le rang obtenu dans l’entreprise par la rentabilité apporté au service de son expansion, le meilleur qui aura valorisé le capital de l’actionnariat

On connaît alors les excès de ce principe, esclavagisme moderne, obsession de la rentabilité, formatage de l’individu pour le travail devenu la centralité de l’existence. Centralité dont on connaît les ravages, perte de confiance envers lui-même de l’individu, le stress ou autres symptômes de fatigue intellectuelle et morale, quand cela ne conduit pas à certaines extrémités irréversible. Cause de l’aliénation par le travail que l’on n’aurait pas s’il était jeu

C’est pourquoi il faut sortir de la logique marchande et de la société ne privilégiant que les biens. Une humanité ou les liens seront le moteur des relations humaines ne pourra donc se faire que hors le capitalisme, c’est en redonnant au travail sa véritable quintessence, celle des échanges ce qui conduira nécessairement à moins de travail ou du moins celui-ci sera sorti de fait du concept de rentabilité au service du capital, ce n’est que dans ces conditions que l’on redonnera à l’homme sa dignité et sa liberté…

Le slogan, « travailler plus pour gagner plus » que l’on doit à l’un des plus virulents serviteurs du capitalisme est donc une nouvelle aliénation pour servir les intérêts d’une oligarchie. Une opposition forte à ce genre de concept remettra le travail à sa juste valeur !

« Mettre la production au service de l’épanouissement au lieu de mettre ceux-ci au service de la production……, nous avons à nous libérer de la production et pas seulement dans la production. » *
*En italique, propos de Jean-Marie Vincent cités par André Gorz dans le N°50 de mouvement de juin 2007.

Par Le ragondin furieux sur son très recommandable blog

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