Section socialiste de l'île de Ré
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25 septembre 2010

Xynthia: les sinistrés victimes des manoeuvres politiques

Filed under: 15 - Fédération 17,16 - Ile de Ré — iledere @ 6:30

Les victimes de la tempête Xynthia attendent toujours de connaitre le sort final qui sera réservé à leurs habitations. Un dernier rapport d’expertise diminue la part des zones noires. Mais entre récupérations politiques et rapport officieux, les sinistrés semblent être les grands oubliés des manoeuvres politiciennes.

L’indemnisation des victimes de la tempête Xynthia est devenue un terrain de manœuvres politiques. Dernier épisode en date, la révélation d’un rapport d’experts par le Figaro (21/09) suggérant aux Pouvoirs Publics de réduire de 25% le nombre de maisons promises à la destruction et classées en zone noire pour cause de trop grande exposition aux dangers d’inondation. « L’arrivée de ce rapport nous a fait plaisir, nous a déclaré Renaud Pinoit, vice-président de l’AVIF (Association des victimes des inondations de la Faute-sur-Mer et de ses environs). Nous avons demandé avec insistance que les experts viennent sur le terrain, au lieu de dessiner les zones depuis leur bureau de Paris ou de Poitiers. Et ils sont venus nous voir et ont rencontré les élus. » Appel pressant encouragé par des historiens et des chercheurs, tel Thierry Sauzeau dont nous publions le point de vue (voir document ci dessous). Un seul élu n’a pas été consulté: Philippe de Villiers, le président du Conseil Général. Ce qui lui a permis d’exiger – et d’obtenir – du ministre de l’Environnement Jean-Louis Borloo qu’il se démarque du rapport. Pis. Il s’est même aventuré à prétendre que les maisons écartées de la démolition par les experts devenaient invendables. Ce qui se révèle faux après enquête. Ce sont les Domaines qui se sont portés acquéreurs, quoi qu’il arrive, s’engageant, au nom de la solidarité nationale, à racheter généreusement, parfois jusqu’à 10% au-dessus de la valeur estimée, les habitations de ceux qui le souhaitaient, à condition qu’ils habitent dans une zone définie depuis avril, offre valable jusqu’à fin octobre. Bref, une habitation peut ne plus être classée en zone noire et pourtant être rachetée par les Domaines. Mais Philippe de Villiers tient à montrer qu’il est le meilleur défenseur des sinistrés. Quitte à tordre la réalité. Et quitte à retarder une fois encore la résolution des problèmes des sinistrés. « Les habitants ont besoin de savoir très vite et de façon définitive où sont placées leurs maisons, poursuit Renaud Pinoit ». Invité à participer à la conférence de presse du Président du Conseil général, il a pris ses distances. Et a publié sur le site de l’association, le tracé des nouvelles zones. Il lui avait pourtant été demandé de les garder pour lui, discrètement, comme pour ne pas officialiser le rapport.

Jean-Claude Jaillette
pour Marianne2.fr

Dossier Xynthia, pour une nouvelle doctrine de prévention du risque de submersion. par Thierry SAUZEAU
Maître de conférences d’histoire moderne / UFR-SHA Université de
Poitiers (UP.)
Chercheur du Groupe d’Etudes et de Recherches d’Histoire en Centre Ouest
(GERHICO-Cerhilim EA 4270)
Co-Directeur  Groupe de recherche Xynthia de la Région Poitou-Charentes

Une journée d’études « expliquer Xynthia, comprendre le phénomène » s’est tenue le 24 juin 2010 à la Maison de la Région Poitou-Charentes avec 14 chercheurs dont les acteurs de la « Mission littoral » du Conseil général de Charente Maritime. Tous s’accordent pour dire qu’il faut au minimum plusieurs mois pour prendre en charge les sinistrés, réaliser les mesures, acquérir les données, livrer un diagnostique et faire des préconisations fiables afin de mettre en sécurité les habitants du littoral face au risque de submersion. Depuis 8 mois à présent, l’Etat s’appuie sur l’expertise de ses seuls services déconcentrés pour réaliser ses propres enquêtes, sans le moindre lien avec les spécialistes de ces questions.

En effet, les préfectures, saisies par l’Exécutif début mars, ont traité en quelques semaines un problème unique parmi tant d’autres. L’annonce du rapport d’expertise complémentaire rendu pour la Vendée cette semaine n’est qu’un avatar des enquêtes précédentes. Une fois posé le caractère inéluctable de la toute puissance d’une Nature présentée comme indomptable, le mandat donné aux agents de l’Etat était clair et étroit : réagir en secouristes pour mettre les gens à l’abri en cas de réplique d’un phénomène de l’ampleur de Xynthia. De ce strict point de vue, avec le zonage, les mesures de rachat et le relogement « en lieu sûr », la mission semble accomplie. Il manque malheureusement toujours ces dose de pédagogie – les expertises ont été menées à huis clos – et de rigueur essentielles à ce travail. Résultats ?
Des territoires pourtant sinistrés sont exclus du dispositif, au grand dam de leurs résidents ici, suscitant toutes les suspicions ailleurs. D’autre part, le zonage a retenu des quartiers où la mise en danger des vies reste discutée. Depuis plusieurs mois, les critères des experts gouvernementaux – dont la liste varie en fonction des lieux considérés – n’ont toujours pas été explicités, donnant une fâcheuse impression de « deux poids, deux mesures ». Entre temps, les missions parlementaire et sénatoriale ont pourtant demandé d’affiner le diagnostique à la lumière des connaissances historiques, géologiques, océanographiques, météorologiques et techniques. En effet, ce n’est pas une seule, mais toute une batterie de questions qui devrait occuper le champ de l’action publique. Ces questions se situent toutes en amont du travail effectué en préfecture. Peut-on établir scientifiquement que Xynthia est une récidive de phénomènes anciens ?
Si oui, doit-on rétablir les défenses existantes contre la submersion, en leur rendant le niveau d’intégrité que des décennies d’abandon leur ont fait perdre ? Dans l’hypothèse de grands travaux, comment prouver aux services de l’Etat que le risque est assumé, que les aléas sont anticipés, que les habitants peuvent être mis en sécurité ? Parallèlement, l’Etat gère la crise à coup d’annonces dans les médias, comme ce fut le cas le 14 avril suite à la visite de 4 ministres à la Rochelle, et encore le 3 juin par l’intermédiaire de deux conférences de presse des ministres Jean-Louis Borloo et Benoît Apparu, et cette semaine, avec la remise du rapport « Vendée » au Ministre.
A l’évidence l’objectif est de dédramatiser la situation au niveau national. En contrepoint, pour les sinistrés aucune avancée réelle ne vient concrétiser ces déclarations. Les zones de solidarité restent des zones de délocalisation prioritaires – et non plus forcées – et pour ceux qui refusent, les procédures réglementaires restent à l’ordre du jour : déclaration d’utilité publique (1er acte juridiquement contestable), affaires portées devant le juge. Les victimes restent dramatiquement seules face à l’appareil d’Etat qui détient seul l’information sur l’ampleur des rachats et laisse courir les rumeurs pour mieux servir les offres d’achat des agents des Domaines et forcer la main aux sinistrés qui hésitent à partir et à vendre.
Le débat contradictoire sans cesse promis reste largement biaisé. Passe encore qu’un dialogue de sourd reste de mise avec des préfets non mandatés pour débattre. L’Etat somme les collectivités et les sinistrés de prouver qu’ils sont capables d’assurer leur sécurité. Les acteurs de terrain réfléchissent à leurs plans de prévention, sans que l’Etat n’ait précisément défini les critères à respecter. A l’heure actuelle, plusieurs éléments majeurs font de toute manière défaut. C’est que nous ne sommes ni aux Pays Bas ni au Japon : la politique du risque côtier connait en France de graves lacunes. Il y a là autant de verrous que l’Etat actionne à sa guise. Une approche globale nécessite d’enquêter à trois échelles ignorées jusqu’ici, afin de cerner la totalité du problème.

1 – A l’échelle individuelle, le paramètre humain et social, totalement escamoté, est essentiel. Comment expliquer que des victimes vivant en zone de solidarité désirent rester, alors même qu’elles ont vécu et souffert de l’évènement ? Cela bat en brèche la doctrine d’Etat de délocalisation massive. Il y aurait donc des aléas que les riverains pourraient en conscience s’engager à supporter ? Le rapport remis par les chercheurs à la mission sénatoriale est sans appel, les zones touchées par Xynthia ont vécu d’autres phénomènes équivalents (1957, 1941, 1940, 1924, 1878, …) et les communautés ont su résister et se reconstruire. En ce cas, comment organiser l’habitat – individuellement – et l’urbanisme/les aménagements, voire les activités – collectivement – pour répondre raisonnablement à ce défi ancien que nos sociétés modernes ont minimisé ?
Les réponses que les préfectures ont fournies sont à la hauteur de la réponse que l’Exécutif attendait : personne ne doit plus vivre dans une zone submersible. C’est ce qui explique que l’on n’ait pas enquêté auprès des victimes, lesquelles n’ont reçu d’information que par le biais d’une piètre communication gouvernementale, via les médias. Pire, hors des zones noires, rien n’est envisagé, comme si le prochain épisode de submersion allait immanquablement frapper aux mêmes endroits. Il est vrai que les vraies réponses, acceptables et négociées par les riverains, reviendraient à intégrer le risque/l’aléa à l’établissement du prix du foncier. Or, la fixation de ce prix reste abandonnée au seul marché. Elle s’est établie en termes de « vue sur la mer » depuis un demi siècle, bien plus qu’en prenant en compte les risques.

2 – Sur chaque territoire, l’Etat met les collectivités en demeure de travailler aux dispositifs de mise en sécurité de leurs habitants. Les préfets se targuent d’avoir établi l’impossibilité de protéger les habitants des zones noires. Les pièces obtenues suite aux référés mesure utile devant les TA.de Nantes et Poitiers nuancent cette affirmation. On a utilisé des photos aériennes pour identifier les zones à expertiser. On a utilisé des images SPOT de l’inondation, lesquelles renseignent sur la « tache » de submersion sans éclairer la 3 e dimension de la catastrophe, la hauteur d’eau. Celle-ci a été estimée sur le terrain, par relevé de hauteurs d’eau par les agents des services de l’Etat (DDTM ex-DDE) d’ailleurs aussi peu nombreux que désorganisés par des restructurations successives.
Les enquêtes ont été menées à l’insu des habitants, en pénétrant chez eux à la faveur chaos qui régnait alors. Un premier travail aurait dû consister à interviewer systématiquement les victimes de Xynthia, afin d’aboutir à une première représentation assez fidèle de la chronologie de la submersion. C’est d’ailleurs la 4e dimension du phénomène, tellement essentielle qu’elle n’est jamais évoquée. Une enquête de reconstitution (chronologie et direction de l’onde de submersion sur les territoires, les quartiers, la voirie et les maisons) est un travail empirique mais qui donne des résultats satisfaisants et suffisants, sur certaines zones impactées. D’autres outils sont nécessaires pour les zones agricoles ou non impactées par Xynthia. La mise en œuvre d’un vrai plan littoral d’évacuation (zones de repli à atteindre, trajets prédéterminés) nécessite ainsi l’acquisition d’un Relevé Numérique de Terrain (RMN) bâti à partir de données topographiques de haute résolution (ex : LIDAR) et associé à un modèle de submersion dynamique. L’association RMN-Modèle de submersion dynamique restituera la chronologie d’un évènement de submersion, et permettra de prédire – à partir de l’instant où une cote d’alerte est atteinte – de combien de temps on dispose pour évacuer les habitants, déterminer les zones de repli, les trajets pour les atteindre, etc. Les collectivités locales, que le gouvernement presse de dire avec force détails comment elles comptent mettre leurs administrés en sécurité, ne pourront le faire en toute connaissance de cause, sans avoir acquis ces connaissances précises et essentielles.

3 – Il ne suffit pas d’informer et d’alerter les habitants, car le maillon faible reste celui de la mesure en temps réel et territoire par territoire, du phénomène générateur de risque : la surcote ici, mais à d’autres moments la houle, les vagues, … C’est la problématique de la prévision à moyen/court terme de l’intensité des risques et surtout de la localisation de leur(s) point(s) d’impact. La Charente Maritime, compte plus d’un demi-million d’habitants, à 70% résidents des côtes, des estuaires et des marais. Lancer un message d’alerte global revient à devoir organiser l’évacuation générale de plusieurs dizaines de milliers d’habitants. Pour les préfets, c’est courir le risque d’engorger le réseau routier, gênant les secours, et d’exposer à d’autres risques les citoyens en fuite (voir l’exemple de la Louisiane face à Katrina). C’est précisément la responsabilité de l’Etat et sa faillite principale dans cette affaire.
Les zones impactées fin février comptaient ensemble moins de 10.000 habitants répartis en 20 villages, sur 200km de bande littorale. Cette population était assez facile à évacuer préventivement, sans semer la panique sur les routes du département. Encore fallait-il être en mesure de déterminer où la catastrophe allait frapper et quelle serait sa nature. Le 27 février vers 18h. Météo France, annonçait des « submersions localisées ». A l’avenir, il faudra être capable de déterminer le point d’impact de l’évènement, avec un degré de précision tel que l’évacuation ne tourne pas à la panique et que les secours soient disposés convenablement. Le 27 février, les Mairies se sont préparées à affronter un raz-de-marée océanique, pas une surcote de la mer des Pertuis. Un réseau de surveillance météorologique et océanographique – proposé par les chercheurs – s’impose donc sur le littoral du Centre-Ouest.
Comme on le voit, la prise en compte rigoureuse et sérieuse du risque de submersion en Centre-Ouest nécessite un calendrier de travaux incluant de nombreuses spécialités et une haute technicité. Xynthia n’aura été que le révélateur de nos propres faiblesses collectives. Des voix nombreuses, dont celles des députés et sénateurs en mission, s’élèvent pour remettre en cause la doctrine qui a servi de base au travail des préfets. Face à la submersion, une société responsable et des décideurs éclairés doivent tenir compte de tous ces paramètres : ·       Connaître le passé des aménagements, les évènements de submersion anciens et leur impact, pour déterminer la nature des travaux de consolidation des ouvrages submergés. Le « plan digue », dédié à la reconstruction à l’identique, doit aussi permettre la réversibilité de travaux ayant endommagé ou modifié les digues, à l’origine de facteurs aggravants de la submersion. ·
Eduquer les habitants et informer obligatoirement les accédants à la propriété du risque de submersion – en dépit de l’impact sur le marché – pour qu’ils en tiennent compte dans leurs habitudes de vie, comprennent et s’approprient les plans d’évacuation préparés dans les collectivités locales, et participent aux exercices d’alerte et d’évacuation. Se doter d’un système national d’alerte et de prévision du risque, établissant l’intensité du phénomène et déterminant les zones exposées. La mer des Pertuis charentais offre tous les atouts d’un espace d’expérimentation : mer fermée, nombreux points d’observation possibles, Université de La Rochelle et son pôle de chercheurs prêts à s’investir dans ce chantier scientifique.
Maîtriser les modèles dynamiques de submersion pour planifier des évacuations limitées aux seuls territoires exposés, vers les zones de repli prévues, par des itinéraires convenus que chacun pourra s’approprier à la faveur d’exercices placés sous la responsabilité de l’Etat. Ces conditions doivent être réunies, mais pour ce faire, l’Etat ne doit plus s’exonérer de ses responsabilités régaliennes. Au minimum, un cadrage clair doit être fourni avant d’exiger des maires et des propriétaires les preuves de leur mise en sécurité face au risque de submersion. Les élus et leurs administrés sont dans l’attente de ce cadrage officiel et pour l’obtenir, ils comptent sur d’autres canaux que la seule communication gouvernementale. Un vrai plan global de prévention contre la submersion, dans et hors des zones de solidarité, doit s’appuyer sur l’engagement d’une vraie recherche scientifique. C’est là le prix pour armer les politiques d’outils de décisions que des citoyens responsabilisés pourront s’approprier sans mal. Il faut en finir avec l’attitude de démission du politique, n’ayant pour seul horizon que l’arbitrage des juges.
Thierry Sauzeau

Consultant Xynthia Région Poitou-Charentes

2 réponses à “Xynthia: les sinistrés victimes des manoeuvres politiques”

  1. AUSSEUR Robert dit :

    Je me demande toujours ce que deviennent les fonds de réserves obligatoires = Décidées par le législateur = Voulant pouvoir intervenir pour aider les victimes de : Tremblements de terre , de pandémies , de tempêtes !
    Ces réserves obligatoires seraient constituées par une ponction de 25% des cotisations mutuelles maladies ? = 40 millions d’adhérents (es) ?
    Et de 33 % de ponctions sur les primes d »assurances versée , en cas d’accident routiers , de risques immobiliers (incendie…..)
    Des centaines de milliars encaissés ………Et puis = il ne resterait pas assez dans les caisses pour faire face à la dépense pour l’acquisition des vaccins , anti-H1 N1 = 2,5 milliards d’euros que la sécu a dû payer = ?
    Il ne resterait plus un euro pour aider les sinistrés de la tempête xantia ?
    Etat mafiosé ?
    Leprolo Ausseur Robert

  2. babelouest dit :

    Comme d’habitude, l’État à son plus haut niveau ne réagit qu’en termes de communication, de décisions prises en aval des évènements et sous la pression, de diktats et non de concertation, en somme il organise volontairement ou non la pagaille au lieu de la résoudre. Le démantèlement des DDE n’a rien arrangé, toujours selon la doctrine du moins-disant et du moins-faisant étatique caractéristique du néolibéralisme. Xynthia est un bel exemple de corrélation avec Katrina, où l’État dont c’est normalement le rôle s’en dégage complètement en se réfugiant dans le verbal, le verbeux, l’inutile, le compassionnel facile, et en même temps dans les mesures inadéquates faute d’étude en amont.

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